Fil d’alpaga | Comment choisir un fil à tricoter

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Le monde du tricot ou de la confection textile, c’est aussi une jungle d’une multitude de fils de toutes les qualités, contenus, propriétés, couleurs, grosseurs et structures.

Et pour l’artisan (et encore pire pour la famille qui souhaite offrir en cadeau un fil à l’artisan !), c’est parfois tout un casse-tête.

Par cet article, je souhaite un peu te diriger dans ce que l’on doit considérer dans le choix d’un fil en alpaga.

Les principales choses auxquelles on doit porter notre attention avant de faire un choix, c’est ceci;

  • La qualité du contenu du fil (grade de l’alpaga)
  • Le contenu de ce fil (sa liste d’ingrédients)
  • Sa structure
  • Sa grosseur ou diamètre

La qualité du fil d’alpaga

Il y a de nombreuses finesses de fibre d’alpaga et autant, sinon plus, de qualités différentes de fils issus de ça.

On catégorise l’alpaga en 7 grades de finesses différents.

Ces grades ont des dénominations parfois différentes d’un pays à l’autre mais celle des grades d’alpaga en Amérique du Nord ressemble à ceci :

Grade 0 – Super Royal  (certains l’appellent Baby Royal)13 – 17 microns
Grade 1 – Royal    17 – 19.9 microns
Grade 2 – Baby (le fameux bébé alpaga)20 – 22.9 microns
Grade 3 – Superfine23 – 25.9 microns
Grade 4 – Medium26 – 28.9 microns
Grade 5 – Strong (Adult)29 – 32 microns
Grade 6 – Coarse32.1 – 35.1 microns

Les trois meilleurs grades (0-1-2) sont à privilégier pour les tricots qui touchent la peau parce qu’ils ne provoquent normalement pas de picotements ni de démangeaisons.

C’est ces grades que je place dans ce que j’appelle, mes fils à tricoter.

J’ai même créé en 2020 une gamme de fils à tricoter Baby Royal de grade 0 pour les amoureux de la douceur de l’alpaga et les gens les plus sensibles de la peau;

Les grades suivants (3-4-5-6) sont préférables pour des items qui vont avoir une utilisation plus agressive ou intensive, comme pour les bas et parfois les mitaines (des régions aussi parallèlement moins sensibles aux démangeaisons).

Ces derniers grades peuvent également servir à faire des items de maison; parce que le diamètre des fibres est plus élevé, ils sont par conséquent considérés comme plus résistants pour ces utilisations.

C’est un peu comme la différence entre tirer une auto avec une grosse chaîne et une chaînette.

Clairement, la grosse chaîne va avoir un avantage à pareille qualité de métal.

Personnellement, mon fil à bas à la ferme est constitué de grades 3-4 et les grades 5-6 me servent plutôt à faire des articles de maisons comme des balles de séchage ou du fil à tapis comme ici;

Beaucoup de gens méprennent le concept de qualité (ce dont on vient de parler) avec celui du contenu, un concept qu’on va voir dans les prochains paragraphes.

Le contenu du fil ou la liste d’ingrédients

Le cas du 100% alpaga

Beaucoup de gens arrivent à la boutique avec la ferme intention d’acheter un fil «100% alpaga» et ils me le disent clairement, d’emblée.

Et pourtant !

Un fil 100% alpaga n’est pas un gage de qualité; 100% alpaga ce n’est qu’un contenu…

…qui assez souvent n’est pas adapté au travail que l’on souhaite faire et à sa fonction future.

100% quelque chose semble être devenu un outil marketing de choix, mais il faut aller au-delà du marketing pour mieux choisir.

Quand est-ce qu’on choisit un fil 100% alpaga ?

Tout d’abord, quand il est disponible pour les bonnes raisons;

On renforce souvent un fil en y ajoutant une fibre secondaire qui supporte les faiblesses de la première ou qui corrige ses imperfections au filage. C’est parfaitement NORMAL de ne pas toujours avoir du 100% alpaga avec une toison.

Les mélanges permettent également de faire ressortir différentes qualités d’un fil et permettent de donner des aspects différents à ce dernier.

Ne faire de l’alpaga que pour le marketing, j’aurais du 100% mur à mur… au détriment de ma qualité.

Et quand je vois personnellement partout uniquement du 100% bébé alpaga (le 3e grade sur 7, mais vanté comme le summum), j’ai envie de rouler des yeux…

Par rapport au contenu, tu as peut-être envie de me dire; «Karine, j’ai déjà porté du mérino et je n’aime pas l’effet sur ma peau ! C’est pour ça que je veux du 100% alpaga!».

Je te répondrai de te rappeler de la première section de l’article. 😉

Comme pour l’alpaga, le mérino (comme pas mal toutes les fibres naturelles, d’ailleurs) a de nombreux grades de qualité.

C’est possible d’acheter du mérino très bas de gamme et d’être déçu comme c’est possible de trouver du mérino à 16 microns qui rivalise avec l’alpaga pour la douceur.

L’art d’un mélange, c’est justement de choisir une qualité de fibre complémentaire qui ne brisera pas les qualités de la première.

Je sais que ce n’est pas toujours fait correctement, mais la faute ne repose pas sur le mélange (qui aurait pu être bien fait) mais à celui qui l’a mélangé.

La mémoire de la fibre

Un des défauts qu’a encore l’alpaga (je dis a encore parce qu’on travaille à améliorer ce défaut dans l’élevage; c’est le but de mon métier), c’est un manque de mémoire par rapport à d’autres fibres, comme par exemple, le mérino.

La «mémoire» d’une fibre, c’est le fait qu’un fil ou un tricot reprenne sa forme efficacement après avoir été étiré.

C’est pourquoi un fil d’alpaga 85% alpaga | 15% merino, comme il y a dans ma catégorie de fil à tricoter, va souvent donner un produit final d’une plus grande qualité puisque le mérino comble la «lacune» de l’alpaga même s’il reste possible de faire parfois du 100% alpaga pour certains lots.

Si l’item que l’on souhaite faire avec ce fil est «pesant» (comme un gros chandail, par exemple), un mélange avec du mérino va évidemment être encore plus adapté afin d’éviter de se retrouver avec un gros chandail étiré.

La composition et l’utilité future de la confection

Il faut prendre en considération l’utilité future de l’item tricoté dans notre choix de composition; si c’est pour tricoter des bas qui vont vivre des moments à la dure en frottant le plancher ou les souliers, il est préférable de choisir un fil dont un contenu de nylon ou d’une autre fibre solide va avoir été ajouté.

Je sais, quelle tristesse d’acheter un fil naturel et de devoir y ajouter une fibre synthétique comme du nylon !

Par contre, c’est d’une plus grande tristesse encore d’avoir pris la peine de tricoter des bas à la main qui seront déjà troués après ne les avoir portés que quelques fois. C’est beaucoup de travail perdu !

Bien évidemment, on ne souhaite pas avoir un fil avec un pourcentage trop élevé en fibre synthétique sous peine de perdre toutes les qualités de respirabilité de la fibre naturelle et la chaleur de l’alpaga.

Une composition pas mal classique et équitable pour conserver les qualités naturelles de la fibre d’alpaga tout en la renforçant, c’est le 75% alpaga | 15% mérino | 10% nylon comme dans mon fil à bas.

La structure du fil

La structure du fil va jouer un grand rôle dans le look, bien évidemment, mais aussi sur la durabilité de l’item.

Le fil lopi comme ci-bas est parfait pour faire de superbes foulards et tuques moelleuses, mais il vaut que dalle pour faire des bas qui useraient énormément à en percer dès la première utilisation !

Pourquoi ?

Simplement parce que la structure du fil donne de la force au fil.

Un brin est constitué de poils qui sont twistés (retordus) sur eux-mêmes et qui donnent une certaine force à celui-ci. Ils sont ensuite retordus sur d’autres de ces brins, la plupart du temps, pour finalement donner un fil.

Par exemple; un fil de 3 brins, c’est 3 brins constitués de «poils» ou fibres d’alpaga retordues.

Les 3 brins créés sont ensuite retordus entre eux dans le sens inverse pour faire le fil.

Plus il y a de «twists» et de brins, plus le fil est solide.

Le fil lopi ci-haut, c’est un fil de 1 brin peu twisté; il est donc beaucoup moins résistant au frottement qu’un fil 3 brins.

Ensuite, il y a autre chose que la structure d’un fil change;

À qualité de grade égale de la fibre, un fil plus retordu (avec plus de twist) et avec plus de brins va avoir plus de texture et par conséquent, va souvent nous paraître moins doux qu’un autre moins retordu et avec moins de brins.

Il est là l’art de créer un fil; créer un mix le plus parfait possible entre solidité et optimisation de la douceur / qualités de la fibre utilisée.

L’art de l’artisan par rapport à ça, c’est d’utiliser le meilleur fil pour le look mais surtout l’utilisation future de sa création afin qu’elle dure dans le temps.

La grosseur du fil

On parlait de brins précédemment… mais contrairement à la confusion populaire, le nombre de brins n’a qu’un très faible impact sur la grosseur du fil.

Oubliez le «ply» en anglais qui ne décrit pas réellement le nombre de brins du fil; c’est exactement comme le grade baby alpaga plus haut qui ne provient pas nécessairement d’un bébé.

L’industrie a l’art des fois de mêler les gens !

Ainsi, je peux avoir un gros fil 1 brin comme le fil lopi ci-haut… ou un fil fingering très très fin à 2 brins comme celui-ci;

Pour mieux évaluer la grosseur du fil, il y a plusieurs données que l’on peut utiliser.

WPI ou Wraps Per Inch

Le WPI (wrap per inch) permet par exemple de catégoriser sommairement dans quelle catégorie le fil se situe en terme de grosseur.

L’exercice consiste à prendre un crayon et une règle. On enroule le fil sur le crayon délicatement (sans trop de tension) en juxtaposant nos tours pendant quelques pouces sans laisser d’espace ni créer de chevauchements.

Par la suite, on compte combien de tours on a sur l’équivalent d’un pouce. On a alors une bonne idée de la grosseur de notre fil en consultant ce tableau;

CYC weightWPI
0 Lace30-40+
1 Super Fine ou Fingering14-30
2 Fine12-18
3 Light ou DK11-15
4 Medium9-12
5 Bulky6-9
6 Super Bulky5-6
7 Jumbo1-4

À noter que ça ne nous donne qu’une estimation puisque la tension et le type de fil risque de faire varier le nombre de tours.

YPP ou Yard per Pound

Une méthode pour connaître plus efficacement le diamètre, et c’est particulièrement efficace quand on n’a pas le fil devant soi, c’est de calculer le YPP ou Yard Per Pound.

Ce chiffre, c’est le nombre de verges par lbs de fibre.

Plus le chiffre de YPP est élevé, plus il y a de verges pour le même poids de fibre (1 lb). Par conséquent, le diamètre du fil est plus petit à mesure que le YPP augmente.

Dit autrement; plus le diamètre du fil d’un écheveau est gros pour le même poids, plus court va être le métrage au final.

Il existe aussi un équivalent dans les données métriques (mètre par kilogramme) mais il est beaucoup moins utilisé au Canada.

Si on souhaite comparer avec un fil qu’on a déjà sous la main mais dont on n’a pas le YPP, on peut simplement faire une règle de 3.

Ainsi, si j’ai une balle de 50g de fil avec un métrage de 166 verges entre les mains et que je veux connaître le nombre de YPP de ce fil;

50g pour 166 verges
454g (ou 1 lb) pour ? verges
(454 x 166) / 50 = 1507 verges ou 1507 YPP

Sachant que le fil sous la main a 1507 YPP, on peut facilement savoir qu’il sera plus PETIT en diamètre qu’un DK de 1000 YPP mais plus GROS qu’un fingering de 1800 YPP ( je rappelle que plus le chiffre est grand et plus on a de métrage, donc la grosseur du fil diminue).

Conclusion

Choisir un fil d’alpaga n’est pas ce qu’on pourrait appeler «simple» et est très subjectif au final; c’est une question de goûts et de couleurs. Parfois il faut simplement essayer quitte à utiliser le fil pour un autre projet !

Malgré tout, les sujets discutés dans le texte ci-haut donnent une bonne idée des directions à prendre pour arriver à une création de qualité et durable.

En résumé, on pourrait dire;

♦ Qu’il existe une multitude de qualités de douceur qui n’ont aucun rapport avec le contenu; si la qualité de l’alpaga utilisé pour faire un fil n’est pas mentionnée, il ne faut pas hésiter à demander, en particulier pour des items qui seront portés dans des régions sensibles comme le cou ou pour des personnes hypersensibles.

♦ Quand on regarde la composition, toujours se questionner également au niveau de la solidité dont on a besoin.

♦ Ne pas hésiter à prendre des mélanges s’ils sont de bonne qualité; ils sont créés souvent pour une bonne raison !

Il faut juste faire attention de ne pas tomber dans le piège de la fausse représentation; un fil à moins de 50% d’alpaga va avoir très peu d’avantage de l’alpaga.

Il ne viendrait à personne l’idée de qualifier un fil avec 10% de nylon d’un «fil de nylon» mais il y en a qui vont avec joie qualifier un fil avec 10% d’alpaga d’un «fil d’alpaga»…

♦ La structure du fil, c’est aussi toujours une question d’équilibre entre la durabilité et l’expression des autres qualités de la fibre; c’est un art qu’il faut apprendre à reconnaître.

♦ Finalement, la grosseur du fil fait varier l’épaisseur de l’item tricoté, mais a aussi un impact sur son aspect visuel.

Le choix de la grosseur est dicté par une préférence mais aussi souvent par le patron utilisé pour en arriver à des dimensions qui se tiennent.

Pour s’assurer d’avoir la bonne grosseur de fil, c’est quand même relativement simple avec quelques calculs.

Bonne confection ! 🙂

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