Élevage d’alpagas | Posséder des alpagas ou les élever, un projet ou un style de vie pour vous ?

L’idée d’avoir un élevage d’alpagas ou de posséder des alpagas a beau être attirante, ce n’est cependant pas un projet pour tout le monde. 

J’ai vu trop de gens démarrer un cheptel pour abandonner le projet quelques années plus tard parce que ce mode de vie n’était visiblemement pas pour eux.

Dans cet article, pas de tapes dans le dos ou de pieux mensonges; le monde agricole n’est pas facile ni agréable tous les jours. Tour d’horizon de ce qu’il faut réellement tenir en compte.

Travail physique et manuel de l’élevage d’alpagas

foin pour élevage d'alpagas

Avoir des alpagas ou faire l’élevage des alpagas, bien que moins exigeant qu’un autre type d’activité agricole, demande un minimum de travail manuel et physique.

Avec des limitations, il est toujours possible de se débrouiller si un membre de la famille ou un employé ( attention, ce n’est pas facile à trouver ! ) peut s’occuper des tâches relatives aux animaux. Par contre, avec un employé, le projet sera beaucoup plus difficile à rentabiliser.

Au quotidien, on doit soulever des poids régulièrement (ex; sacs de moulée ou petites balles de foin), soit des poids de 30-50lb ou pousser des brouettes bien remplies lors du nettoyage (à moins d’avoir un tracteur ou des installations particulières pour s’éviter cette tâche)

Une femme seule est généralement capable de s’occuper des alpagas au quotidien.

Le travail le plus redondant (et journalier) est celui de ramasser les excréments dans les litières, de nettoyer, de nourrir les animaux et de les abreuver.

Pour certains soins directs aux animaux, par contre, il est parfois préférable ou même essentiel d’être deux; pour les vaccins, les vermifuges oraux et la coupe des onglons, par exemple, où l’un tient l’animal et l’autre donne les soins.

Dans ce cas, une personne seule doit trouver l’aide nécessaire; c’est souvent le conjoint, un partenaire d’affaires ou un ami proche/voisin qui joue ce rôle.

On peut généralement prévoir la grande majorité de ces soins, mais d’autres devront être faits rapidement et c’est particulièrement le cas avec des grossesses et des naissances (exemple; aide pour une naissance difficile, problème avec un cria qui a de la difficulté à boire et dont la femelle ne collabore pas… ). En ce sens, il est plus facile de posséder des alpagas quand on est totalement seul dans le projet que d’en élever.

La gestion du foin (engranger le foin) est aussi exigeant physiquement. Ça nous demande souvent d’être bien entouré afin d’avoir de l’aide, à moins qu’il y ait des ententes de prises avec un producteur pour que le foin soit rentré par celui-ci.

L’énergie que demande la tonte et le travail de la fibre

cours tonte alpaga - tondre alpaga toison

La tonte et le travail primaire sur la fibre sont une autre raison d’avoir une bonne forme physique.

Bien qu’il soit possible de faire venir un tondeur pour s’éviter une partie des efforts physiques, cela réduit les profits en fin d’année. Il n’est pas aisé également de trouver des tondeurs qui savent tondre des alpagas dans certaines régions (ou même qui veulent se déplacer, quand le cheptel est trop petit).

Faire la tonte soi-même permet de prendre soin des animaux à notre goût, ce qui n’est pas le cas avec le tondeur, qui va imposer sa méthode et ses façons de faire.

Envie d’avoir une proximité supplémentaire avec les alpagas dans l’année ou plus de temps pour donner des soins pendant que l’animal est attaché au tapis de tonte ? Faire la tonte des alpagas soi-même permet cette flexibilité… mais attention; faire la tonte, c’est aussi très exigeant physiquement !

Il faut se lever et s’accroupir souvent (surtout si on tond sur un tapis) et faire des efforts pour immobiliser l’animal au départ. Les muscles les plus sollicités sont les muscles du bas du dos, des cuisses et le siège.

Si on considère le besoin de rentabilité, le tri de la fibre (qu’on fait après la tonte) demande aussi une certaine dose de temps et d’énergie.

Le tri de la fibre, qui se fait derrière une table spéciale, requiert surtout de rester debout longtemps et de s’étirer d’un bout à l’autre de la table. Le bas du dos est le plus sollicité dans ce cas.

Temps disponible pour le projet

Il faut consacrer au minimum 30-45 minutes QUOTIDIEN aux soins de base des animaux selon la grosseur du troupeau.

Ici, chaque train quotidien demande entre 45 minutes et 1h15 chaque jour, pour environ 35 alpagas. Il pourrait être plus long, mais nous avons beaucoup investi de temps et d’efforts dans les dernières années pour faciliter le tout et limiter le temps passé à faire des corvées.

Périodiquement, on doit prendre un peu plus de temps pour donner des soins moins fréquents.

Par exemple;

  • Peser les animaux / couper les onglons (ici, environ 2-3h chaque mois pour 35 alpagas)
  • Donner les vaccins / vermifuges (très variable selon le nombre d’alpagas à traiter)
  • Soigner un animal malade ou blessé (très variable, encore une fois, selon les soins à donner)
  • Faire la tonte (selon la rapidité du tondeur et les soins effectués pendant la tonte, entre 5 et 40 minutes PAR ANIMAL).
Temps disponible pour l'élevage d'alpagas

Selon le projet et les ambitions, on peut consacrer facilement beaucoup plus de temps au cheptel. Que ce soit pour mieux entraîner les alpagas au licou afin qu’ils soient plus agréables à traîner ou même perfectionner les installations.

Peut-on continuer à travailler à temps plein même avec des alpagas sous nos soins ?

Aucun problème, certains le font !

Il est possible de faire effectuer certains soins par le vétérinaire, la tonte par un tondeur professionnel et avoir un employé pour diverses autres tâches. Les moulins offrent même dans certains cas les services de tri de toisons moyennant un supplément.

Comme l’animal demande des soins tous les jours, il est généralement difficile de partir longtemps sans grande planification à moins qu’ils ne soient en pension ailleurs.

C’est la raison pour laquelle certains propriétaires vont mettre leurs alpagas nouvellement achetés en pension: pour avoir la latitude qu’ils veulent pour voyager régulièrement encore un peu et continuer d’habiter en ville, le temps qu’ils s’installent en campagne.

Mais attention; moins de temps disponible pour les animaux, la gestion de la fibre ou l’élevage veut aussi dire beaucoup moins de chance d’atteindre la rentabilité un jour si c’est ce qui est désiré, à cause des frais supplémentaires.

Il convient donc de bien songer à ses buts avant de se lancer dans l’élevage d’alpagas ou la possession de ceux-ci. Celui qui travaille… ramasse l’argent !

Et il ne faut pas oublier que même en déléguant une grande partie des tâches concrètes et quotidiennes, celui du gestionnaire de projet sera toujours là; il y aura toujours des décisions difficiles à prendre pour des alpagas malades, des problèmes à gérer pour les installations et de la paperasse à faire.

Le temps de transformer la fibre de son élevage d’alpagas ou de sa possession

Fil d'alpaga lopi avec dégradé de couleurs naturelles non-teintes

La rentabilité ne sera pas atteignable en vendant seulement de la fibre d’alpaga brute; il faut procéder à un minimum de transformation des toisons et de la fibre en général pour éviter que les alpagas ne soient uniquement qu’une dépense.

Parce que l’alpaga est intimement lié à la transformation de la fibre, il faut compter ce temps requis supplémentaire dans la balance.

La transformation peut prendre différentes formes selon le projet, mais en gros;

Pour vendre la fibre en fil à tricoter, il faut au préalable la trier et l’envoyer filer au moulin ($) (ou la filer soi-même, mais c’est exponentiellement plus chronophage et demande un investissement de départ plus élevé).

Ensuite, pour avoir une rentrée d’argent plus appréciable, on peut décider de faire la transformation en produits déjà tricotés pour la vente au détail. Dans ce cas, il va falloir soit compter le temps de tricoter (ou tisser, feutrer… ) soi-même ces produits ou engager un artisan pour le faire à notre place (qui demandera de la gestion).

Finalement, que la décision soit prise de vendre le fil ou le tricot, il va falloir aussi du temps pour mettre en vente le produit final.

L’argent est au coeur de tout

L’élevage d’alpagas est un type de production agricole qui ne demande pas de grosses sommes d’argent comparativement à d’autres, pour démarrer.

Quand il est difficile pour quelqu’un d’avoir une ferme laitière aujourd’hui, au Québec, sans avoir déjà des quotas dans la famille, l’alpaga est de son côté possible pour la majorité des gens.

Cela dit, il faut quand même faire ses devoirs et être prêt à mettre un montant minimum pour avoir des animaux intéressants avec qui travailler ou posséder.

Un propriétaire qui démarre avec des alpagas qui ne respectent pas les standards de qualité de fibre d’aujourd’hui n’aura pas beaucoup de chance d’arriver à ses fins ou de débourser sans retour sur son investissement.

Ainsi, je dirais que pour un élevage d’alpagas, en bas de 15 000$ – 20 000$CAN d’investissement au total (ce qui représente 2-3 bonnes femelles reproductrices pour débuter le cheptel et un peu de matériel de base), il est probablement mieux d’attendre d’économiser un peu plus avant de se lancer.

Pour la possession simple d’alpagas, avec des animaux qui assureront un retour sur l’investissement an fonction de la fibre à transformer/vendre (et non une perte sèche), on parle d’environ 5 000$ – 8 000$CAN pour 3 alpagas et un peu de matériel de base (comme il n’y aura pas d’ajout au troupeau comme c’est le cas pour les femelles reproductrices, on parle de 3 alpagas minimum pour leur bien-être).

Et cet investissement, c’est sans compter les installations où mettre les animaux et les clôtures. S’il faut bâtir une grange et des installations, il faut considérer mettre plusieurs milliers de dollars de plus.

Le goût de l’aventure de l’élevage de l’alpaga et de sa possession

Même si l’alpaga est de plus en plus connu au Québec, l’expertise reste rare et un peu déficiente, tout comme c’est le cas pour les services/produits gravitant autour de la possession de l’alpaga (tonte, filage, moulée et minéraux spécialisés… etc.).

En ce sens, on doit avoir un certain goût du risque et de l’aventure parce que les chemins ne sont pas tous battus devant soi, comme pour un cheptel plus conventionnel.

D’ailleurs, il y a beaucoup de travail à faire pour mettre en marché ses produits, aussi basiques soient-ils, étant une industrie avec peu de structure et de mécanismes en place.

Il faut également une bonne dose de résilience parce que les choses ne vont pas toujours comme on le souhaite, surtout quand on travaille avec des animaux qui sont des êtres vivants.

Pour obtenir des réponses à ses questions, il faut parfois faire beaucoup de recherches également; par contre, les réalisations et les victoires sont proportionnellement uniques !

Pour éviter de répéter des erreurs, le soutien et le mentorat d’un éleveur déjà établi et expérimenté est un atout très précieux.

Intérêt pour apprendre et curiosité

Curieux ? Ceux qui aiment apprendre et souhaitent un projet différent sont à la bonne porte !

L’élevage d’alpagas étant généralement une petite entreprise, on doit acquérir des compétences diversifiées, autant en bureautique, en marketing qu’en soins aux animaux.

Quand on trouve les journées monotones derrière un bureau, l’élevage est alors libérateur ! Il y a diverses façons d’apprendre tout ce qu’on doit connaître, mais le plus rapide reste le mentorat, encore une fois.

Même ceux qui ne voudraient que posséder des alpagas devront s’y mettre puisque cette petite bête poilue nous fait toujours vivre de nouvelles aventures et faire face à de nouveaux défis.

Certaines rares formations sont disponibles en français, mais la majorité des formations sont en anglais. Même chose pour les livres et références.

En sachant lire un tant soit peu l’anglais, il est beaucoup plus facile d’apprendre de nouvelles choses; que ce soit en faisant des recherches ou en contactant des spécialistes un peu partout dans le monde.

Élevage d’alpagas: mener son entreprise

Les deux derniers points s’adressent plus particulièrement à ceux qui voudront devenir éleveurs d’alpagas ou avoir un projet autour de ceux-ci, et non seulement en posséder des animaux.

L’élevage d’alpagas est une entreprise comme toute autre; on doit apprendre à bien mener ses affaires pour réussir et progresser dans son projet.

Pour ceux qui ne seraient pas certains d’avoir la flamme entrepreneuriale, il faut s’assurer d’être bien entourés. Des gens d’expérience vont pouvoir aider toute entreprise à progresser et les mener plus facilement vers le succès.

Être entrepreneur s’apprend même si certaines qualités, compétences et attitudes peuvent nous aider grandement à réussir. Il est possible de développer ses compétences en entrepreneuriat en lisant sur le sujet ainsi qu’en consultant les nombreuses ressources disponibles.

Y a-t-il des étapes à suivre pour devenir entrepreneur ? Un mode d’emploi ?

Non, pas vraiment !

Certains cours se donnent dans les centres locaux de développement pour aider à acquérir certaines bases sur l’entrepreneuriat et de nombreux livres sont disponibles.

Il existe, comme dans toutes choses, plusieurs façons de se rendre du point A au point B; chaque parcours sera inévitablement unique.

La perspicacité à apprendre comment les autres ont fait pour réussir va toujours être une grande inspiration.

Et dans tous les cas, on se découvre aussi en chemin; on n’a pas d’autres choix que d’investir sur sa personne et devenir une meilleure version de soi-même. Il est difficile de réussir en affaire quand on ne connaît pas nos forces et nos faiblesses. Il faut parfois expérimenter d’autres façons de voir les choses afin d’atteindre ses objectifs.

Élevage d’alpagas et aimer les gens

porte ouverte UPA alpagas Fibrefine 2019

On s’imagine le propriétaire d’entreprise tout seul dans son grand bureau et l’éleveur d’alpagas seul dans une grande prairie à se promener entre ses animaux… Mais la réalité est toute autre !

La solitude en agriculture, c’est de n’avoir personne qui comprenne exactement ce qu’on vit ou personne avec qui le partager… point !

L’alpaga, surtout, attire les regards.

Même les fermes qui n’ouvrent pas leurs portes au public (voire ceux qui ne font que posséder des alpagas) ont régulièrement des gens qui s’arrêtent pour prendre des photos ou qui veulent venir voir les alpagas de plus près.

Avec une boutique ou en faisant de l’agrotourisme, on voit des centaines de personnes débarquer chaque année, majoritairement l’été ou lors d’événements. Parfois à l’improviste aussi et en dehors des heures d’ouverture.

Parfois ce sera de larges groupes, des fois des plus petits, mais sans arrêt. Quelqu’un qui n’aime pas le monde pourrait se sentir bien vite…envahi !

Et je ne compte pas, bien entendu, les dizaines d’appels téléphoniques par jour; beaucoup pour essayer de nous vendre une publicité, un service ou nous solliciter pour une cause. D’autres pour poser des questions sur l’alpaga, sur la fibre, sur les produits, sur les heures d’ouverture… et j’en passe !

Comme entrepreneur, on veut se rapprocher aussi d’autres entrepreneurs pour faire croître son entreprise, faire connaître ses produits et ses services ou obtenir les services d’un autre.

La vie d’entrepreneur est TRÈS sociale. En faisant calmement ses affaires dans son coin, on peut perdre des opportunités de mieux réussir et s’empêcher de voir le marché évoluer.

Conclusion

Être éleveur d’alpaga, c’est une aventure qui demande du temps, une certaine force physique et de nombreuses caractéristiques d’ouverture sur le monde et sur soi-même.

Ce n’est certainement pas toujours facile (j’ai moi-même eu des périodes très sombres !), alors il faut avoir le goût de plonger pour de vrai dans l’aventure pour éviter d’être déçu rapidement quand ça ne fonctionnera pas à notre goût.

Croyez-vous avoir les qualités requises pour démarrer et devenir éleveur d’alpagas ou du moins, propriétaire d’alpagas ?

17 Commentaires sur “Élevage d’alpagas | Posséder des alpagas ou les élever, un projet ou un style de vie pour vous ?

  1. donald essiambre says:

    j’ai aimé lire tes commentaires pour l’aventure d’un élevage d’alpagas
    tu me semble très réaliste l’expérience sur le terrain se reflette
    je regarde que serait le mieux pour moi

  2. Sophie Auger-Léger says:

    Merci beaucoup pour cet article qui montre bien tous les aspects à prendre en compte avant de se lancer. Il y a matière à réfléchir et c’est de toute évidence un très beau projet. Merci à vous !

  3. Celine says:

    Bonjour, suite à une émission sur un éleveur d alpagas, je suis tombée amoureuse de cet animal. A 42 ans je pense très souvent à la reconversion et avoir un élevage me trotte de plus en plus dans la tête. Ce matin je cherche des infos et je tombe sur vous. Mon fils est à Montréal pour 1 mois depuis lundi. Je suis comme ça, je suis sensible aux signes que la vie envoie…
    merci en tout cas pour toutes ces infos très intéressantes et réalistes.
    Je vais me renseigner du coup un peu plus, par rapport au climat, terrain et tout le reste…
    encore merci et très bonne continuation !!

  4. cris says:

    je suis français de France et j ai apprécié ton article. nous allons réfléchir si nous devons prendre cette voix pour une reconversion professionnnel
    bonne continuation et très jolie article

  5. LEGUA Alain says:

    Bonjour Karine, je me nomme Alain, j’habite dans le Sud de la France.
    J’ai toujours eu un vif intérêt pour cet animal que j’adore.( comme tous les animaux du reste).
    Votre article m’a beaucoup intéressé et orienté.
    Je pense que je vais franchir le pas grâce à vous.
    Cordialement.

  6. Julie says:

    Merci beaucoup pour ce magnifique article qui semble dresser un portrait honnête des revers du métier! Je sais que c’est variable selon l’individu et l’année mais en moyenne, quelle quantité de laine est produite par un seul alpaga?

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