Rentabilité | 3 scénarios d’élevage à éviter dans l’alpaga !

La rentabilité de l’alpaga est sur toutes les lèvres. D’un récent sondage que j’ai effectué, 75% des gens ayant des intérêts au démarrage dans l’élevage de l’alpaga se questionnaient sur la rentabilité d’une telle activité.

La rentabilité est bien réelle pour certains éleveurs, mais d’autres ont pris des chemins un peu plus tortueux et se sont enfoncés. Pour éviter que des erreurs ne se répètent et pour le bien-être des animaux, voici 3 scénarios catastrophes à éviter dans l’alpaga !

1. L’élevage pour l’animal de compagnie et le bas de gamme

L’alpaga a un taux de naissance mâle et femelles de 50-50. C’est-à-dire qu’en moyenne, il naît autant de mâles que de femelles dans un troupeau.

alpaga bas de gamme - rentabilité

Alpaga bas de gamme; on suspecte sa faible qualité de toison ici par la tenue des poils dans le cou et sur la tête, leur aspect, ainsi que par la faible quantité de ceux-ci sur la tête.

Nous avons réellement besoin que de quelques mâles reproducteurs dans un élevage pour accoupler les femelles et éviter la consanguinité. Les mâles de moins bonne qualité ont donc toujours été des laissés pour compte afin d’améliorer les troupeaux. Avant que l’abattage commence à être un peu plus d’actualité au Québec, les alpagas non désirés par les éleveurs étaient vendus comme animal de compagnie aux petites fermettes.

Bien vite, voyant une occasion, des gens se sont lancés dans la reproduction intensive presque uniquement pour satisfaire cette demande. On a ainsi vu naître des usines à alpaga. À ces endroits, les alpagas n’y sont pas sélectionnés et accouplés pour améliorer leur qualité (ou même la conserver) avec des mâles sélectionnés, mais accouplés simplement pour grossir un troupeau afin d’avoir plus d’individus de couleurs différentes à vendre.

Les défauts de ce genre de projet sont multiples. En plus d’être un modèle qui n’est pas rentable (surtout en 2017!),  il est loin d’être éthique.

En premier lieu, il faut comprendre que l’alpaga se reproduit lentement et que le seul cria qu’une femelle aura vu naître chaque été aura coûté beaucoup plus cher à l’éleveur qu’aurait pu l’être d’autres types animaux. Ainsi, quand un alpaga comme animal de compagnie se vend environ 500$ à 1000$, il en aura coûté au minimum 200$ à l’éleveur pour prendre soin de la mère pour l’année de gestation et la même chose pour chaque année supplémentaire de vie du jeune animal.

Ainsi, à 1 an de vie, si l’animal n’a pas été vendu, les profits seront pratiquement nuls avec un prix de vente de 500$… et rien ne dit qu’ils se vendront tous aussi rapidement ! Il est à noter que dans ce calcul simple, il n’est aucunement question du remboursement des frais des bâtiments ni des frais vétérinaires. Il est donc pratiquement impossible, vu le prix d’un alpaga bas de gamme, d’être rentable avec ce genre d’activités.

Ensuite, la prise de possession d’un alpaga est beaucoup plus complexe pour l’acheteur qu’un chien ou un chat. Cela rend le marché de l’alpaga comme animal de compagnie beaucoup moins gros et profitable pour ceux qui voudraient se lancer dans cette entreprise !

Il faut être en zone agricole pour avoir un alpaga (qui est légalement un animal de ferme) ou avoir un droit de mini-fermette dans le zonage du domicile. De plus, l’alpaga demande des clôtures et beaucoup plus d’installations qu’un chien, ce qui hausse encore les déboursés pour acquérir un tel animal.

Les alpagas vendus comme animal de compagnie sont également de plus en plus nombreux sur les sites de petites annonces. La majorité des éleveurs d’alpagas moyens de gamme qui font de la reproduction sélective et qui ne procèdent pas à l’abattage en ont eux aussi beaucoup… même plus que ce qu’il est possible de vendre chaque année sur le marché des animaux de compagnie, de toute façon…

alpaga bas de gamme - rentabilité

Alpaga bas de gamme dont la dentition est aussi négligée…

Finalement, d’un point de vue éthique, l’alpaga est souvent mal compris par les nouveaux propriétaires qui n’ont aucune connaissance de l’animal ni d’aide extérieure pour les maintenir dans des conditions décentes afin de combler leurs besoins de base. L’alpaga étant encore méconnu, peu de ressources et de services externes existent en ce moment.

Les éleveurs qui vendent des alpagas comme animal de compagnie n’offrent généralement pas de service après-vente. Eux-mêmes risquent d’ailleurs d’être plus enclins, malheureusement, à offrir le minimum en terme de soin à leurs alpagas afin de rentabiliser le plus possible leurs activités.

2. L’élevage pour la fibre brute

Il y a des gens qui se lancent dans l’alpaga avec l’idée en tête que la fibre qui pousse sur le dos de ces animaux est de l’or en barre. Ils voient le prix des articles tricotés dans une boutique et dans une foire et ça les motive pour démarrer dans l’élevage…

Malheureusement, ils oublient peut-être que le tricot qu’ils voient en boutique est une série de diverses manipulations et de travail. Le filage ajoute énormément de valeur à la fibre et la transformation du fil en produit également. C’est ce travail qui fait autant augmenter la valeur de la tuque ou du foulard en alpaga !

Brute, la fibre d’alpaga vaut 3x rien versus le travail réel qu’elle représente en soins aux animaux et en coûts annuels. Bien qu’ayant une plus grande valeur actuellement que la laine de mouton grâce à ses qualités, la valeur brute ne permet pas habituellement de rembourser toutes les dépenses relatives à l’animal qui l’a porté.

Les prix de vente de la fibre brute sont souvent calculés à la livre. Le prix d’achat dépend beaucoup des manipulations qui ont été faites sur la fibre, la partie de l’animal vendue (toison ou 1re qualité, 2e qualité, 3e qualité…), le grade de la fibre, sa qualité générale et l’entreposage (condition et temps d’entreposage).

Actuellement, les prix donnés pour la fibre brute d’un alpaga payent souvent à peine le tarif de la tonte annuelle par un tondeur professionnel !

3. L’élevage pour la vente d’animaux seulement

Fibrefine Desi's Beyonce

Beyonce, une de nos excellentes femelles…

On m’a déjà fait part de l’anecdote d’un visiteur. Il s’était fait dire d’un foetus de cria avorté qu’il «valait» cher; les mythes nous donnent la vie dure !

À une certaine époque, je disais d’emblée combien m’avaient coûté mes animaux à qui voulait bien l’entendre, simplement pour faire comprendre aux gens que mon entreprise était sérieuse et n’était pas simplement une activité de «fin de semaine» pour moi.

Quand je parlais du prix de mes animaux ou d’animaux étasuniens qui se sont vendus jusqu’à 1/2 million de dollars, j’ai toujours eu droit à des yeux ronds et à un certain respect par la suite.

J’essaie depuis peu de mentionner moins souvent ce genre d’anecdote… parce que je me suis rendu compte que dans la tête de certaines personnes, ça contribue au renforcement du mythe que l’alpaga est un investissement comme n’importe quelle transaction boursière ! Comme si chaque bébé naissant avait déjà une valeur bien précise parce qu’il venait d’un certain utérus !

Il y a une réelle différence entre:
1. Faire des investissements financiers et attendre que l’argent fructifie par lui-même.
2. Investir dans son entreprise (animaux, infrastructures…) pour être capable d’avoir ce qu’il faut pour y travailler correctement et atteindre plus facilement la rentabilité et les profits.

L’utérus, la génétique et la loterie; un excellent calcul pour établir la possible rentabilité

J’aime donner ce calcul en exemple pour faire comprendre la rentabilité possible d’une femelle alpaga par la reproduction…

Une femelle reproductrice d’une qualité et valeur de 10 000$ accouplée à un mâle d’une qualité et valeur supérieure devrait, avec un peu de chance, donner un bébé de la valeur de la femelle. Par contre, pour y arriver, le cria doit démontrer une qualité supérieure à sa mère en grandissant (dans l’optique où la qualité générale des alpagas au Canada s’améliorent d’année en année).

La nature est ce qu’elle est et puisque la génétique n’est pas une science exacte, il se peut que le cria n’ait pas gagné à la loterie de la vie en terme de qualité malgré la valeur de ses parents;

Il se peut aussi que la mère ait été malade pendant sa grossesse et n’ait pas rendu cette grossesse si fructifère. Dans les premiers mois de vie, le cria peut également ne pas se développer correctement à cause d’une maladie, d’un stress ou d’une mauvaise alimentation. C’est aussi une qualité que certains animaux ont d’être plus constant dans la distribution de leur meilleur potentiel génétique à leurs crias… ce n’est pas le cas de toutes les femelles et de tous les mâles !

Alors… combien de grossesses devra avoir une femelle pour rendre à la perfection cette qualité supérieure d’elle-même afin qu’un cria ait réellement sa valeur de reproductrice ?

Il y a un travail derrière l’investissement initial de l’achat de la mère. On a acheté un animal, pas des actions qui se multiplient d’eux-mêmes !

Mais que se passe-t-il si j’achète une femelle pour faire de la reproduction à 1000$? 2000$ ?  Il y a les mêmes risques que cette femelle n’ait pas un cria de sa valeur. La seule différence, c’est qu’on joue avec de plus petits montants. Ces montants sont selon moi insuffisant pour accéder à la rentabilité d’une entreprise, en particulier si l’objectif est la revente d’animaux uniquement. Je m’explique…

La seule vente d’un animal à 2000$, comparativement à 10 000$, couvre plus difficilement les frais de soins de la mère et du reste de sa progéniture non vendu pendant toutes ces années d’essais-erreur, rendant le retour sur l’investissement plutôt bas, voire inexistant. Les animaux bas de gamme et de moyenne gamme étant plus nombreux que les animaux d’élite et haut de gamme, la guerre des prix est également plus présente, rendant la revente plus difficile. Je ne dis pas qu’il est nécessairement aisé de vendre des animaux plus dispendieux, mais la valeur du profit est beaucoup plus en accord avec les dépenses et permet plus facilement d’atteindre la rentabilité.

À mon avis, les animaux à quelques milliers de dollars n’ont d’intérêt que pour la transformation de la fibre, si celle-ci est de qualité. Par contre, un animal de meilleure qualité pourrait faire le travail de façon encore plus rentable pour la production de fibre EN PLUS d’être de meilleurs sujets pour la revente d’animaux… alors… tu comprends pourquoi je suggère très fortement de payer pour la meilleure qualité possible au démarrage ?

Un marché fluctuant comme n’importe quel autre…

La vente d’animaux a également diminué depuis les dernières années; il est difficile de connaître la raison précise de ce changement, mais je parie que la valeur du dollar canadien n’est pas étrangère à ce phénomène !

Dans les années 2000, la vente d’alpagas avait le vent dans les voiles. Les éleveurs de l’Ouest canadien avaient alors tout misé sur les animaux, bien peu faisant la transformation de la fibre de l’alpaga. L’exportation vers les États-Unis d’alpagas doubles enregistrements avait alors atteint un point culminant et permettait aux éleveurs canadiens de bien vivre seulement de l’élevage de leurs bêtes.

Aujourd’hui, plusieurs de ces éleveurs ont fermé leurs portes. Le prix des animaux a d’ailleurs baissé un peu partout dans le monde. Ainsi, les excellents reproducteurs (haut de gamme et élite), par exemple, ne semble pas vraiment avoir perdu beaucoup de leur valeur (ils sont toujours recherchés pour améliorer les troupeaux), mais les animaux moyen et bas de gamme ne valent plus autant parce qu’il y en a de plus en plus sur le marché !