Category:

Allergie | Est-ce que je peux être allergique à la fibre de l’alpaga ?

novembre 26th, 2020 by

La fibre d’alpaga ne provoque pas d’allergies; elle est considérée comme hypoallergénique et a aussi beaucoup moins de risque de provoquer des réactions cutanées que d’autres fibres naturelles pour de nombreuses raisons;

♦ Une plus grande finesse de l’alpaga par rapport à d’autres fibres animales

♦ L’absence de lanoline sur la fibre de l’alpaga

♦ La structure particulière de cette fibre

♦ Le traitement du fil

Est-ce qu’on peut être allergique à la laine ? Et à l’alpaga ?

On va analyser ça en détail dans les prochains paragraphes…

La finesse extraordinaire de l’alpaga

Beaucoup de gens s’inquiètent de la réactivité probable de leur peau à l’alpaga.

D’où vient cette réaction de la peau (picotements, démangeaisons, rougeurs) lorsqu’on porte certaines fibres animales ?

La finesse à la rescousse de réactions pas tant allergiques

Connaître la finesse de la fibre ou le diamètre des «poils» (en micron) du fil est d’une importance capitale pour éviter les réactions franchement ennuyantes et désagréables de la peau face à certaines fibres textiles.

Toison d'alpaga et allergies

C’est un peu technique, mais on sait que peu importe si la fibre est naturelle ou non, il peut y avoir des réactions si ce diamètre est supérieur à 21 microns ou si la proportion de poil au-dessus de 30 microns dans le fil est supérieur à 5% (il y a toujours une variabilité des diamètres des poils dans les fils naturels).

Chaque personne ayant une sensibilité différente, la moyenne des gens réagit à un diamètre de poils d’environ 25 microns dans le fil.

La réalité, c’est que la plupart des moutons (sauf le mouton mérino de qualité) sont TOUJOURS au-dessus de ce seuil de réaction, ce qui explique bien des «démangeaisons» et des plaques rouges lorsque les gens portent de la laine.

C’est la raison pourquoi la fibre de l’alpaga est considérée comme une fibre luxueuse et est si recherchée;

La finesse possible chez l’alpaga de qualité la rend agréable à porter.

Dans l’alpaga, il y a 7 grades de finesse de fibre différents, d’une plus grande finesse (grade 0) au plus corsé (grade 6).

J’utilise toujours seulement les grades en dessous du seuil où la majorité des gens commencent à réagir pour constituer mes fils à tricoter. Je le fais depuis de nombreuses années afin d’éviter les inconforts.

Pour les gens les plus sensibles (ou les amoureux de cette fibre si douce), j’ai même maintenant un fil de grade 0 que je mets de côté;

D’où viennent ces réactions ennuyeuses de la peau exactement ?

Les picotements et les démangeaisons apparaissent quand le poil plus grossier (un micron plus élevé) n’a plus la flexibilité de se plier au contact de la peau d’une personne.

Il va rester droit et avoir ainsi assez de force pour activer les récepteurs de la peau1.

Physiquement, quand on porte un item avec des poils plus grossiers, c’est un peu comme si on ressentait des milliers de mini aiguilles qui «piquent» la peau, créant cette sensation agaçante, en particulier à long terme.

C’est exactement comme quand on va se faire couper les cheveux et qu’il nous en reste dans le cou et que ça chatouille.

…ou quand on embrasse un homme barbu ! 😉

La rougeur de la peau qui apparaît parfois suite à ces démangeaisons est une dermatite de contact et est causée par une irritation suite à au frottement ou à l’activation des récepteurs de la peau.

Ce n’est pas une réaction allergique (immunitaire).

Il y a des circonstances particulières qui accentuent ces phénomènes; une peau mince et/ou plus nervurée (certaines régions du corps sont plus sensibles que d’autres), une peau sèche (donc déjà abîmée) ou une peau en sueur ou moite (l’humidité rend la peau moins résistante).

Il existe malgré tout des gens qui sont hypersensibles de la peau et dont les récepteurs sont plus réactifs que d’autres, même dans les meilleurs grades; depuis mes débuts, je pourrais compter sur les doigts d’une main ceux que j’ai rencontré qui ont effectivement réagi à tout ce que je leur présentais.

C’est des exceptions et on est loin du 30% des Américains qui se croient allergiques et qui malheureusement ont probablement porté une fibre de moins bonne qualité au niveau de la finesse.

Je suis moi-même très sensible de la peau et je porte de l’alpaga sans problème et avec plaisir quand il est dans les meilleurs grades.

L’alpaga n’a pas de lanoline, substance provoquant des allergies

La lanoline, c’est un gras qu’on retrouve naturellement sur la fibre de la très grande majorité des animaux pour imperméabiliser leur poil.

Certaines personnes réagissent particulièrement à la lanoline non purifiée; on retrouve de la lanoline dans certains cosmétiques, mais elle a été purifiée par de nombreux processus chimiques qui fait qu’elle est encore moins allergène.

Environ 1,7%2 des gens provenant d’une population à risque ont été diagnostiqués comme étant allergique à la lanoline dans une étude de 2001. C’est relativement faible, mais présent.

Heureusement, l’alpaga est un des rares animaux à fibre qui n’a pas de lanoline sur son poil dû à sa structure. On appelle ça une fibre «sèche».

C’est cette absence de lanoline qui faire dire de la fibre de l’alpaga qu’elle est hypoallergénique; ça permet même aux gens allergiques à la lanoline de porter cette fibre naturelle.

Hypoallergénique; «Se dit d’une substance qui provoque peu de réactions allergiques»

Dictionnaire Larousse

La structure particulière de la fibre de l’alpaga

Dans une bien moindre mesure que la caractéristique de la finesse de la fibre qu’on a vue plus haut, la structure de chaque poil d’alpaga fait en sorte que cette fibre naturelle est plus agréable que d’autres à porter.

Pourquoi ?

Toutes les fibres/poils, même les cheveux humains, ont de petites écailles microscopiques sur leur surface.

Ces écailles sont très caractéristiques de l’espèce; c’est ce qui fait en sorte qu’on est souvent capable de différencier les propriétaires de ces poils quand on fait une investigation bien particulière.

Le plus gros défaut de ces écailles; c’est qu’elles peuvent «s’accrocher» dans la peau et activer les récepteurs, donc provoquer une rougeur chez les gens à la peau très sensibles.

L’alpaga, comparativement au mouton, a des écailles très refermées sur le poil; elles «accrochent» donc moins la peau et fait en sorte que la majorité des gens sont beaucoup plus confortables à porter de l’alpaga que certaines autres fibres naturelles.

Allergie à d’autres animaux; le traitement de la fibre

Les gens allergiques aux animaux réagissent majoritairement aux pellicules et aux fluides provenant d’un animal (salive, sueur, urine) et non aux poils en tant que tels qui ne font que transporter la protéine allergène dans l’environnement.

La transformation de la fibre, qui inclut le lavage avec un savon doux, enlève normalement tous ces éléments aisément de la fibre; il n’y a donc pas trop lieu de s’inquiéter pour une allergie à l’animal en tant que tel en portant sa fibre une fois transformée.

À la base, de toute façon, le comportement de l’alpaga et l’utilisation de la fibre abaisse aussi le risque d’avoir certains fluides sur son poil.

♦ L’alpaga ne se lèche pas et ne lèche pas son petit non plus.
♦ Dû à son cuir épais, l’alpaga va suer vraiment très faiblement
♦ Les sections de fibre récupérées normalement sur l’animal sont moins propices à être contaminées par l’urine

Une véritable allergie (réaction immunitaire) à la fibre de l’alpaga aurait pour conséquence des symptômes respiratoires (éternuments, nez bouché ou coulant) et des yeux rouges/larmoyants.

C’est TRÈS PEU PROBABLE3 qu’une personne ait ces symptômes pour la fibre de l’alpaga.

Quelqu’un qui aurait ce genre de réaction en tricotant ou en portant de l’alpaga devrait se pencher avant tout sur des causes plus probables à sa réaction;

♦ Sur une réaction à la teinture (si l’item ou le fil est teint)
♦ Une réaction à une composition synthétique si l’alpaga est mélangé à autre chose
♦ Un produit qui a été aspergé sur la fibre pendant ou après son traitement (on devrait toujours laver soi-même un item avant sa première utilisation)
♦ Un simple chatouillement des muqueuses due à des poils dans les airs (en particulier en bobinant un écheveau; tousser ou avoir le nez/les yeux qui pique est normal dans certaines circonstances et n’est pas nécessairement une réaction immunitaire)
♦ Une exposition à un autre allergène (des acariens sur un item ou une balle longuement entreposée, par exemple)

Conclusion

Les -allergies- à la laine sont considérés comme une méprise par la science actuellement; comme la qualité est naturellement responsable du confort, ces réactions sont très souvent dues à un fil de moindre qualité, plus corsé ou contenant des fibres plus corsées.

La finesse de la fibre utilisée est le plus grand responsable des réactions cutanées; les poils doivent être en dessous d’un certain diamètre pour s’assurer que l’item tricoté soit confortable pour la majorité des gens.

La écailles de la structure de la fibre, bien qu’ayant un plus faible impact, peuvent être en partie responsable de certaines réactions cutanées, mais l’est plus rarement dans le cas de l’alpaga.

La lanoline est responsable de certaines de ce qu’on croit parfois être des -allergies à la laine-; l’alpaga, heureusement, n’en a pas sur sa fibre.

Il existe bien quelques exceptions de personnes qui ont une peau hypersensible et qui ne peuvent pas porter de fibres naturelles et certaines synthétiques, mais elles sont très rares.

Finalement, la littérature scientifique ne présente AUCUNE évidence d’une véritable allergie à la laine.


Sources:
1. Group C nerve fiber
2. A retrospective analysis of contact allergy to lanolin
3. Debunking the Myth of Wool Allergy: Reviewing the Evidence for Immune and Non-immune Cutaneous Reactions

Fil à tricoter | Comment choisir un fil en alpaga

novembre 19th, 2020 by

Le monde du tricot ou de la confection textile, c’est aussi une jungle d’une multitude de fils de nombreuses qualités, contenus, propriétés, couleurs, grosseurs et structures.

Et pour l’artisan (et encore pire pour la famille qui souhaite offrir en cadeau un fil à l’artisan !), c’est parfois tout un casse-tête.

Par cet article, je souhaite un peu expliquer ce que l’on doit considérer dans le choix d’un fil en alpaga.

Les principales choses auxquelles on doit porter notre attention avant de faire un choix;

  • La qualité du contenu du fil (grade de l’alpaga)
  • Le contenu de ce fil (sa liste d’ingrédients)
  • Sa structure
  • Sa grosseur ou diamètre

La qualité du fil à tricoter d’alpaga

Il y a de nombreuses finesses de fibre d’alpaga et autant, sinon plus, de qualités différentes de fils issus de ça.

On catégorise l’alpaga en 7 grades de finesses différents.

Ces grades ont des dénominations parfois différentes d’un pays à l’autre mais celle des grades d’alpaga en Amérique du Nord ressemble à ceci :

Grade 0 – Super Royal  (certains l’appellent Baby Royal)13 – 17 microns
Grade 1 – Royal    17 – 19.9 microns
Grade 2 – Baby (le fameux bébé alpaga)20 – 22.9 microns
Grade 3 – Superfine23 – 25.9 microns
Grade 4 – Medium26 – 28.9 microns
Grade 5 – Strong (Adult)29 – 32 microns
Grade 6 – Coarse32.1 – 35.1 microns

Les trois meilleurs grades (0-1-2) sont à privilégier pour les tricots ou les créations qui touchent la peau parce qu’ils ne provoquent normalement pas de picotements ni de démangeaisons.

C’est ces grades que je place dans ce que j’appelle, mes fils à tricoter.

J’ai même créé, en 2020, une gamme de fils à tricoter Baby Royal de grade 0 pour les amoureux de la douceur de l’alpaga et les gens les plus sensibles de la peau;

Les grades suivants (3-4-5-6) sont préférables pour des items qui vont avoir une utilisation plus agressive ou intensive, comme pour les bas et parfois les mitaines (des régions aussi diamétralement moins sensibles aux démangeaisons que le cou).

Ces derniers grades peuvent également servir à faire des items de maison; parce que le diamètre des fibres est plus élevé, ils sont par conséquent considérés comme plus résistants pour ces utilisations.

C’est un peu comme la différence entre tirer une auto avec une grosse chaîne et une chaînette; clairement, la grosse chaîne va avoir un avantage à égale qualité de métal.

Personnellement, mon fil à bas à la ferme est constitué de grades 3-4 et les grades 5-6 me servent plutôt à faire des articles de maisons comme des balles de séchage ou du fil à tapis comme ici;

Beaucoup de gens méprennent le concept de qualité (ce dont on vient de parler) avec celui du contenu, un concept qu’on va voir dans les prochains paragraphes.

Le contenu du fil à tricoter ou la liste d’ingrédients

Le cas du 100% alpaga

Beaucoup de gens arrivent à la boutique avec la ferme intention d’acheter un fil à tricoter «100% alpaga» et ils me le disent clairement, d’emblée.

Et pourtant !

Un fil 100% alpaga n’est pas un gage de qualité; 100% alpaga ce n’est qu’un contenu…

…qui assez souvent n’est pas adapté au travail que l’on souhaite faire et à sa fonction future.

100% quelque chose semble être devenu un outil marketing de choix, mais il faut aller au-delà du marketing pour mieux choisir.

Quand est-ce qu’on choisit un fil 100% alpaga ?

Tout d’abord, quand il est disponible et pour les bonnes raisons;

On renforce souvent un fil en y ajoutant une fibre secondaire qui supporte les faiblesses de la première ou qui corrige ses imperfections au filage. C’est parfaitement NORMAL de ne pas toujours avoir du 100% alpaga avec une toison.

Les mélanges permettent également de faire ressortir différentes qualités d’un fil et permettent de donner des aspects différents à ce dernier.

N’être dans l’alpaga que pour le marketing, j’aurais du 100% mur à mur… au détriment de ma qualité.

Et quand je ne vois dans le commercial qu’uniquement du 100% bébé alpaga (le 3e grade sur 7, mais vanté comme le summum), j’ai envie de rouler des yeux…

Et si vous avez envie de me dire; «Karine, j’ai déjà porté du mérino et je n’aime pas l’effet sur ma peau ! C’est pour ça que je veux du 100% alpaga!»… relisez la première partie de l’article. 😉

Comme pour l’alpaga, le mérino (comme pas mal toutes les fibres naturelles, d’ailleurs) a de nombreux grades de qualité.

C’est possible d’acheter du mérino très bas de gamme et d’être déçu, comme c’est possible de trouver du mérino à 16 microns qui rivalise avec l’alpaga pour la douceur.

L’art d’un mélange, c’est justement de choisir une qualité de fibre complémentaire qui ne détériorera pas les qualités de la première.

Je sais que ce n’est pas toujours fait correctement, mais la faute ne repose pas sur le mélange (qui aurait pu être bien fait) mais à celui qui l’a mélangé.

La mémoire de la fibre

Un des défauts qu’a encore l’alpaga (je dis a encore parce qu’on travaille à améliorer ce défaut dans l’élevage; c’est un des buts de mon métier), c’est un manque de mémoire par rapport à d’autres fibres naturelles, comme par exemple, le mérino.

La «mémoire» d’une fibre, c’est le fait qu’un fil ou un tricot reprenne sa forme efficacement après avoir été étiré.

C’est pourquoi un fil d’alpaga 85% alpaga | 15% merino, comme il y a dans ma catégorie de fil à tricoter, va souvent donner un produit final d’une plus grande qualité puisque le mérino comble la «lacune» de l’alpaga même s’il reste possible de faire parfois du 100% alpaga pour certains lots.

Si l’item que l’on souhaite faire avec ce fil est «pesant» (comme un gros chandail, par exemple), un mélange avec du mérino va évidemment être encore plus adapté afin d’éviter de se retrouver avec un gros chandail étiré.

La composition et l’utilité future de la confection

Il faut prendre en considération l’utilité future de l’item tricoté dans notre choix de composition; si c’est pour tricoter des bas qui vont vivre des moments à la dure en frottant le plancher ou les souliers, il est préférable de choisir un fil dont un contenu de nylon ou d’une autre fibre aussi solide va avoir été ajouté.

Je sais, quelle tristesse d’acheter un fil naturel et de devoir y ajouter une fibre synthétique comme du nylon !

Par contre, c’est d’une plus grande tristesse encore d’avoir pris la peine de tricoter des bas à la main qui seront déjà troués après ne les avoir portés que quelques fois. C’est beaucoup de travail perdu !

Bien évidemment, on ne souhaite pas avoir un fil avec un pourcentage trop élevé en fibre synthétique sous peine de perdre toutes les qualités de respirabilité de la fibre naturelle et la chaleur de l’alpaga.

Un fil à moins de 50% d’alpaga va avoir très peu d’avantages de l’alpaga.

Il ne viendrait à personne l’idée de qualifier un fil avec 10% de nylon d’un «fil de nylon» mais il y en a qui vont avec joie qualifier un fil avec 10% d’alpaga de «fil d’alpaga»…

Une composition pas mal classique et équitable pour conserver les qualités naturelles de la fibre d’alpaga tout en la renforçant, c’est le 75% alpaga | 15% mérino | 10% nylon, comme dans mon fil à bas.

La structure du fil

La structure du fil va jouer un grand rôle dans le look, bien évidemment, mais aussi sur la durabilité de l’item.

Le fil lopi comme ci-bas est parfait pour faire de superbes foulards et tuques moelleuses, mais il ne vaut rien pour faire des bas; ils useraient énormément à en percer dès la première utilisation !

Pourquoi ?

Simplement parce que la structure du fil donne de la force au fil.

Un brin est constitué de poils qui sont twistés (retordus) sur eux-mêmes, leur donnant une certaine force. Ils sont ensuite retordus sur d’autres de ces brins, la plupart du temps, pour finalement donner le fil final.

Par exemple; un fil de 3 brins, c’est 3 brins constitués de «poils» ou fibres d’alpaga retordues. Les 3 brins créés sont ensuite retordus entre eux dans le sens inverse pour faire le fil.

Plus il y a de «twists» et de brins, plus le fil est solide.

Le fil lopi, ci-haut, c’est un fil de 1 brin peu twisté; il est donc beaucoup moins résistant au frottement qu’un fil 3 brins.

Il y a autre chose que la structure d’un fil change;

À qualité de grade égale de la fibre, un fil plus retordu (avec plus de twist) et avec plus de brins va avoir plus de texture. Par conséquent, il va souvent nous paraître moins doux qu’un autre moins retordu et avec moins de brins.

Il est tout à fait là, l’art de créer un fil; créer le mix le plus parfait possible entre solidité et optimisation de la douceur / qualités de la fibre utilisée.

L’art de l’artisan par rapport à ça, c’est d’utiliser le meilleur fil pour le look mais surtout pour l’utilisation future de sa création afin qu’elle dure dans le temps.

La grosseur du fil à tricoter

On parlait de brins précédemment… mais contrairement à la confusion populaire, le nombre de brins n’a qu’un très faible impact sur la grosseur du fil.

Oubliez le «ply» en anglais qui ne décrit pas réellement le nombre de brins du fil; c’est exactement comme le grade baby alpaga plus haut qui ne provient pas nécessairement d’un bébé.

L’industrie a l’art des fois de mêler les gens !

Ainsi, je peux avoir un gros fil 1 brin comme le fil lopi ci-haut… ou un fil fingering très très fin à 2 brins comme celui-ci;

Pour mieux évaluer la grosseur du fil, il y a plusieurs données que l’on peut utiliser.

WPI ou Wraps Per Inch

Le WPI (wrap per inch) permet par exemple de catégoriser sommairement dans quelle catégorie le fil se situe en matière de grosseur quand on l’a en mains, mais qu’on n’a pas l’étiquette avec les informations sur le filage.

L’exercice consiste à prendre un crayon et une règle. On enroule le fil à tricoter sur le crayon délicatement (sans trop de tension) en juxtaposant nos tours pendant quelques pouces sans laisser d’espace ni créer de chevauchements.

Par la suite, on compte combien de tours on a sur l’équivalent d’un pouce en longueur. On a alors une bonne idée de la grosseur de notre fil en consultant ce tableau;

CYC weightWPI
0 Lace30-40+
1 Super Fine ou Fingering14-30
2 Fine12-18
3 Light ou DK11-15
4 Medium9-12
5 Bulky6-9
6 Super Bulky5-6
7 Jumbo1-4

À noter que ça ne nous donne qu’une estimation puisque la tension et le type de fil peuvent faire varier le nombre de tours.

YPP ou Yard per Pound

Une méthode pour connaître plus efficacement la grosseur du fil à tricoter, et c’est particulièrement efficace quand on n’a pas le fil devant soi, c’est de calculer le YPP ou Yard Per Pound.

Ce chiffre, c’est le nombre de verges par lb de fibre.

Plus le chiffre de YPP est élevé, plus il y a de verges pour le même poids de fibre (1 lb). Par conséquent, le diamètre du fil est plus petit à mesure que le YPP augmente.

Dit autrement; plus le diamètre du fil d’un écheveau est gros pour le même poids, plus court va être le métrage au final.

Il existe aussi un équivalent dans les données métriques (mètre par kilogramme) mais il est beaucoup moins utilisé au Canada.

Si on souhaite comparer avec un fil qu’on a déjà sous la main, mais dont on n’a pas le YPP, on peut simplement faire une règle de 3. Cela implique par contre de peser et de mesurer le fil.

Ainsi, si j’ai une balle de 50g de fil avec un métrage de 166 verges entre les mains et que je veux connaître le nombre de YPP de ce fil;

50g pour 166 verges
454g (ou 1 lb) pour ? verges
(454 x 166) / 50 = 1507 verges ou 1507 YPP

Sachant que le fil sous la main a 1507 YPP, on peut facilement savoir qu’il sera plus PETIT en diamètre qu’un DK de 1000 YPP mais plus GROS qu’un fingering de 1800 YPP ( je rappelle que plus le chiffre est grand et plus on a de métrage, donc la grosseur du fil diminue).

Conclusion

Choisir un fil à tricoter d’alpaga n’est pas ce qu’on pourrait appeler «simple». C’est aussi très subjectif au final; c’est une question de goûts et de couleurs.

Malgré tout, les sujets discutés dans le texte ci-haut donnent une bonne idée des considérations à prendre pour arriver à une création de qualité et durable.

En résumé, on pourrait dire;

♦ Qu’il existe une multitude de qualités de finesse de fibre qui n’ont aucun rapport avec le contenu; si la qualité de l’alpaga utilisé pour faire un fil n’est pas mentionnée, il ne faut pas hésiter à demander, en particulier pour des items qui seront portés dans des régions sensibles comme le cou ou pour des personnes hypersensibles.

♦ Quand on regarde la composition, il faut toujours se questionner sur le niveau de la solidité dont on a besoin.

♦ Ne pas hésiter à prendre des mélanges s’ils sont de bonne qualité.

♦ La structure du fil, c’est aussi toujours une question d’équilibre entre la durabilité et l’expression des autres qualités de la fibre; c’est un art qu’il faut apprendre à reconnaître.

♦ Finalement, la grosseur du fil fait varier l’épaisseur de l’item tricoté, mais a aussi un impact sur son aspect visuel.

Le choix de la grosseur est dicté par une préférence, mais aussi souvent par le patron utilisé pour en arriver à des dimensions qui se tiennent.

Pour s’assurer d’avoir la bonne grosseur de fil, c’est quand même relativement simple avec quelques calculs.

Bonne confection ! 🙂

Propriétés fibre alpaga | La fibre d’alpaga analysée

novembre 10th, 2020 by

La fibre d’alpaga a longtemps été sujette à des «rumeurs»… mais de plus en plus, la science vient valider ce que les éleveurs ont longtemps expérimenté sur les propriétés de la fibre d’alpaga.

En voici un résumé…

Activité antimicrobienne

«Je ne pue pas des pieds quand je porte des bas en alpaga

J’ai souvent entendu cette affirmation, sans avoir jusqu’à aujourd’hui d’explication scientifique à donner.

Parce que oui, le fait de ne pas avoir de la sueur près des pieds a un impact et amoindrit la prolifération des bactéries… mais on prouve maintenant avec une étude de 2020 initiée par AOA (Alpaca Owners Association) que la fibre d’alpaga a également une activité antimicrobienne1.

C’est donc dire ?

Après stérilisation de l’échantillon analysé, celui-ci a été plongé dans une solution avec une concentration microbienne d’E-Coli connue.

Après 1h, il y avait une réduction microbienne de l’ordre d’environ 65% dans la solution avec la fibre d’alpaga huacaya et de 79% avec la fibre d’alpaga suri.

Porter des vêtements en alpaga aide donc à diminuer l’activité microbienne qui fait que l’on «pue des pieds»… et favorise également une meilleure hygiène en ces temps hivernaux où les petits rhumes traînent partout… 😉

L’idée qu’il n’est pas nécessaire de nettoyer nos bas d’alpaga à chaque fois qu’ils sont portés prend tout son sens lorsqu’on lit cette étude.

L’isolation du froid

Tout comme le domaine de la construction, qui utilise une Valeur R pour l’isolation d’une maison, l’industrie du vêtement a sa valeur Clo.

Une valeur Clo , c’est en fait la quantité d’«isolation» vestimentaire requise pour qu’un humain au repos garde son équilibre thermique dans une pièce à 21 degrés Celcius. Le Clo est une unité de mesure de g/m2.2

Pour donner une idée;
R1 en bâtiment = 1.137 de valeur Clo
De longs sous-vêtements = environ 0.15 à 0.20 de valeur Clo
Un chandail épais à manche longue = environ 0.36

L’échantillon d’alpaga tricoté analysé, d’à peine 1 à 2mm, nous donne une valeur Clo au-dessus de 0.85 et le feutre, au-dessus de 1.3 de valeur Clo.

C’est donc dire que même à faible épaisseur, l’alpaga conserve excessivement bien la chaleur du corps.

Il n’est donc pas nécessaire de choisir des accessoires aussi épais qu’on a l’habitude de faire avec du synthétique grâce à cette propriété de la fibre d’alpaga.

Respirabilité

Un autre des paramètres excessivement importants en ce qui a trait au confort; la respirabilité.

Cette respirabilité, c’est une question de rétention de la chaleur, mais aussi d’évacuation de l’humidité par le «changement d’air».

Évidemment, tout ça dépend de l’épaisseur de l’item et de sa construction (porosité).

Tous les échantillons envoyés lors du test ont eu des résultats en haut de 0.6, ce qui indique que les items respirent généralement très bien.

Le calcul de la perte de chaleur

Propriété de la fibre d’alpaga excessivement intéressante; parce qu’autant on souhaite garder notre chaleur par l’isolation (pour ne pas avoir froid), autant on ne souhaite pas avoir trop chaud non plus avec un vêtement.

Combien de fois j’ai eu des clients craintifs d’acheter parce qu’ils «sont chaleureux» et qu’ils «ne portent plus généralement d’accessoires d’hiver, ayant toujours trop chaud» ?

Le «Total Heat Lost (THL)» représente la prédiction du plus haut degré d’activité métabolique vécue tout en maintenant le confort thermique du corps.

C’est donc dire que le test évalue en quelle circonstance on va avoir trop chaud en portant un vêtement.

Trop chaud pour les sports, l’alpaga ? Eh non !

Le degré de THL s’élève à 272 pour du feutre d’alpaga huacaya, 414 pour un tricot d’alpaga huacaya et sans surprise, à 428 pour un tricot d’alpaga suri (qui est reconnu pour être une fibre au toucher plus «frais» que le huacaya).

Rester assis tranquille est équivalent à 60 THL tandis que creuser un trou est considéré comme équivalent 345 THL.

C’est donc dire que l’on peut faire des activités physiques sans problème en portant de l’alpaga, même creuser des trous… 😉

C’est sans surprise, puisque plusieurs de mes clients portent d’ailleurs de l’alpaga à l’année !

Sources:

  1. https://www.alpacainfo.com/academy/article/3977/2020-fiber-testing-results
  2. http://blog.contractlaboratory.com/clothing-insulation-testing-and-research/#:~:text=CLO%20Value%20is%20the%20amount,per%20m2%20%2C%20g%2Fm2.

Fibre alpaga 101| Les questions que se posent le plus souvent nos visiteurs sur la fibre de l’alpaga

septembre 19th, 2020 by

L’alpaga est domestiqué depuis des milliers d’années; bien avant l’arrivée espagnole en Amérique du Sud, il était déjà élevé pour sa fibre.

L’alpaga n’existe pas à l’état sauvage; bien qu’ils broutent sans clôtures dans certaines régions d’Amérique du Sud, ces bêtes appartiennent tous à des alpaqueros (des producteurs/éleveurs d’alpagas).

Les alpagas sont les descendants de la vigogne, qui subsiste toujours à l’état sauvage.

À l’époque des Incas, la fibre de l’alpaga était réservée exclusivement à la royauté et les hauts dirigeants; depuis, elle s’est démocratisée, amenant les alpagas à être élevés partout dans le monde.

La production mondiale de la fibre de l’alpaga est de l’ordre de 1% de toutes les productions de fibres protéinées (animales), dont 80% de cette quantité est produite en Amérique du Sud.1 

La production d’alpaga (la fibre) y est industrialisée comparativement à d’autres productions d’alpaga ailleurs dans le monde qui ne le sont pas, comme ici en Amérique du Nord, où la production est essentiellement artisanale ou semi-artisanale dû à la faible quantité produite.

L’ultime but de l’élevage de l’alpaga, finalement, c’est la récolte de la précieuse toison, le printemps venu; celle-ci n’est alors plus nécessaire à l’animal. Si elle n’est pas tondue, elle peut même être la source de coups de chaleur mortels et de problèmes de santé graves pour l’animal.

Cette tonte n’est pas optionnelle pour le bien-être de l’alpaga, elle est nécessaire. La tonte peut être stressante pour eux (comme pour nous !), mais n’est pas douloureuse.

Faut-il tuer l’alpaga pour récolter sa fibre ?

Un alpaga pendant la tonte pour récolter la fibre d'alpaga

Heureusement NON !

L’alpaga est tondu, comme on le fait avec le mouton, même si c’est fait un peu différemment.

C’est fait une fois l’an, au printemps.

Au Québec, dépendant des régions, c’est souvent vers la mi-mai qu’on débute la tonte afin qu’il fasse assez chaud la nuit pour permettre aux alpagas d’être confortables. Pour certaines région plus au nord, la tonte ne commence pas avant début juin.

La toison (la première qualité sur l’animal, soit sur la fibre sur son dos) pousse d’environ 2 à 10 pouces (5 à 25 cm) par année et peut peser entre 1 et 8 livres ( 0,5 kg à un peu plus de 3.5 kg ) chez un animal mature.

Cette quantité est l’équivalent d’environ 15-20 tuques ou d’un à quelques chandails, selon l’épaisseur et les grandeurs des articles.

Pourquoi certains animaux ont de la fibre au visage tandis que d’autres n’en ont pas ?

Trinity est une de nos lignée qui donne des joues bien fournies
Trinity est une de nos lignées qui donne des joues bien fournies

La génétique a un rôle majeur quant à la présence ou non et la quantité des touffes de fibre au visage. Par contre, plus l’alpaga vieillit et plus les joues se dégarnissent.

Certains éleveurs choisissent de tondre les joues de leurs animaux tous les ans, ce qui explique, dans certains cas, les joues moins fournies sur tous les animaux d’un troupeau.

Tondre les joues, c’est surtout une question cosmétique et/ou pour éviter d’avoir à y retoucher durant l’année puisque la fibre au visage n’est pas conservée pour faire du fil.

Bien qu’on aime généralement avoir de belles têtes fournies, celles-ci donnent peu d’indices sur la qualité globale d’un alpaga.

Un fil baby alpaca ou bébé alpaga; la fibre provient d’un bébé ?

Dali mâle alpaga huacaya blanc

Le terme baby alpaca ou bébé alpaga est utilisé ici pour qualifier la finesse de la fibre; un adulte peut avoir une qualité baby alpaca et un cria (le bébé de l’alpaga) peut très bien avoir OU NE PAS avoir cette qualité !

Le grade baby alpaca est un des grades péruviens qui se situe entre 20 et 23 microns. Il y a 2 grades plus doux !

Normalement, on n’aime pas que nos crias aient une qualité de grade bébé alpaga; on préfère qu’ils se situent au minimum dans le grade royal, plus doux, puisqu’on sait que la qualité va invariablement baisser avec les années.

Grades péruviens de la fibre d’alpaga

Grade 0 – Super Royal  (certains l’appellent Baby Royal)13 – 17 microns
Grade 1 – Royal    17 – 19.9 microns
Grade 2 – Baby 20 – 22.9 microns
Grade 3 – Superfine23 – 25.9 microns
Grade 4 – Medium26 – 28.9 microns
Grade 5 – Strong (Adult)29 – 32 microns
Grade 6 – Coarse32.1 – 35.1 microns

La multitude des couleurs naturelles de la toison de l’alpaga

Dali et Denzel en juillet 2020
Dali (blanc) et Denzel (fauve foncé), deux des couleurs officielles de toison au Canada.

Il y a 16 couleurs naturelles officielles de toisons enregistrables au Canada, mais il existe plus de 250 coloris différents répertoriés 2 .

Les couleurs vont du blanc au noir, en passant par le gris. Il y a également les beiges, fauves et les bruns. Certains alpagas ont des toisons parsemées de poils avec une couleur plus pâle. On dit qu’ils sont roans.

L’alpaga est l’un des mammifères qui a le plus de couleurs de toison différentes.

Certains alpagas ont également de grandes taches sur le corps ( multi / fancy ).

Certaines taches, dont celles au niveau de la mâchoire et des extrémités, sont codées dans la génétique et reviennent au fil des accouplements.

Pour des questions de logistique, l’éleveur qui reproduit les alpagas pour en conserver et transformer la fibre veille à éviter si possible les taches par des accouplements judicieux pour ne pas contaminer la fibre à traiter avec d’autres couleurs.

S’il y a des taches, les sections colorées différemment doivent être méticuleusement séparées lors du tri de la fibre.

Seuls quelques alpagas spécialement tachetés sont parfois utilisés tels quels, comme les alpagas avec une robe appaloosa léopard où les taches, excessivement nombreuses et uniformes dans la toison, sont gardées lors de la transformation artisanale pour créer un design moucheté particulier.

L’avantage des fibres de couleurs naturelles ?

♦ Elles ne ternissent pas au lavage comme les teintures
♦ Elles sont beaucoup plus écologiques (évidemment !)
♦ Elles ne provoquent pas d’irritations qui sont parfois causées par les colorants textiles.

Comment reconnait-on la qualité d’une toison d’alpaga ?

Toison alpaga Deanna de 2019
Ondulation des fibres d’un alpaga

Sujet très complexe, mais que j’ose résumer ainsi; la finesse est le premier critère d’une belle qualité de fibre d’alpaga puisqu’elle détermine en grande partie sa douceur.

En deuxième lieu, on recherche autant des critères qualitatifs que quantitatif; un beau crimp (ondulations de la fibre, pour l’élasticité), un beau lustre (alpaga suri) ou brillance (alpaga huacaya), une bonne longueur de repousse ainsi qu’une belle densité de fibre (quantité de fibre produite).

Un éleveur consciencieux veille à optimiser les caractéristiques de ses animaux en choisissant le reproducteur de chaque femelle avec soin.

J’ai écrit un livre (ci-bas) qui traite du choix des alpagas en détail. Il y a énormément d’aspects à vérifier avant d’acheter un alpaga, en particulier quand il est reproducteur.

  1. A definitive guide to alpaca fiber. Cameron Holt. p.8
  2. Source: The Complete Alpaca Book, p.256

Toison brute | évaluer la valeur et le prix pour vendre !

avril 27th, 2016 by

S’il y a une question épineuse qu’on me pose régulièrement, c’est «combien devrais-je demander pour la toison brute de mon animal ?», c’est-à-dire la toison fraîchement tondue de l’animal, sans aucune transformation.

À cette question, je suis souvent sans mot, ne sachant pas par où commencer !

C’est autant une question commerciale, de marketing (ça dépend de nos buts, aspirations et intérêts) qu’une question de qualité du «produit» (la qualité se paie!

Difficile d’évaluer la qualité d’une toison brute quand on ne l’a pas vu et d’aider à établir son juste prix !)

raw fleece - Toison brute d'alpaga

Alors voilà; il n’y a pas de réponse universelle puisque le marché est changeant et que tout le monde est libre de vendre sa fibre brute au prix qu’il le souhaite (s’il souhaite la vendre brute !).

Il y a aussi des questions de demandes, de géographie, de contacts (et de chance!), de qualité de toison et d’aspirations (Veut-on s’impliquer un peu, beaucoup ? Souhaite-t-on vendre au plus offrant ou faire le plus d’argent possible sans transformation ? Veut-on vendre le plus rapidement possible pour faire de la place ou a-t-on tout son temps ? )…

JE SAIS, ce que je dis là ne t’aide pas si tu veux savoir combien vendre… ! Mais ce sont toutes des questions pertinentes à la vente d’une toison qui vont t’aider à prendre une décision pour établir un prix juste.

MAIS…voici des pistes préalables qui peuvent t’aider à établir en premier lieu la valeur générale de la fibre que tu as entre les mains et te donner des idées de valeurs moyennes pour amorcer ta réflexion sur le prix de vente.

Tu vas pouvoir, grâce à cet article, avoir une vision mieux éclairée sur ce que tu souhaites faire de ta fibre et combien (comment?) tu souhaites la vendre en fin de compte.

Quelle est la valeur de ma fibre d’alpaga brute ?

Règles générales:

  • La fibre brute a une moins grande valeur marchande que la fibre propre (lavée et cardée)
  • La fibre propre a une moins grande valeur que la fibre filée
  • La fibre filée a une moins grande valeur que l’article déjà tricoté avec cette même fibre.

Et dans tout ça, il peut y avoir beaucoup de variations compliquant les choses (ex; teinture à la main sur la fibre filée ou cardée, fibre filée gradée, couleur naturelle plus rare et en demande sur le marché…etc.) !

Tu as compris dans mes exemples que ça dépend aussi toujours de l’offre et de la demande.

Plus le produit est recherché (et rare), plus il est possible d’augmenter la valeur puisqu’il va se vendre quand même rapidement.

Pour des questions de longueur d’article (on pourrait en parler pendant des heures !), je vais décrire ici seulement comment évaluer la fibre brute avec ses quelques variantes qui peuvent en changer sa valeur.

Aspect 1; vérifies la partie de l’animal à vendre

La toison (ou blanket) vaut généralement plus cher que la seconde qualité d’un même animal (cou, hanches et épaules) et les secondes qualités plus que la 3e qualité (qui n’est parfois même pas disponible puisque trop contaminée, de mauvaise qualité ou trop courte !).

La toison principale ou blanket

La toison vient généralement en un seul ou deux morceaux (selon la technique de tonte utilisée) et est la plus belle fibre d’un animal, et ce, dans plusieurs sens.

Sur un animal, la toison (blanket) est la fibre la plus douce et est généralement assez uniforme sur sa douceur quoique certains animaux peuvent avoir une certaine variation de la finesse dans leur toison.

C’est à celui qui trie de décider si cette variation vaut la peine de diviser plusieurs qualités distinctes. Côté longueur, il y a généralement peu de variations entre toutes les fibres.

La toison est ainsi plus facile à trier et est pratiquement toujours filable puisque la fibre est généralement toujours assez longue contrairement aux secondes qualités qui elles, pourraient être trop courtes.

La seconde qualité

La seconde qualité sur l’animal (cou, hanches, épaules) vient en une multitude de petits morceaux qu’on doit trier avec beaucoup plus d’attention parce qu’elles comportent plus de variations (longueurs, qualités… etc.).

Les poils de garde (affectant la douceur d’un fil) y sont souvent aussi plus nombreux.

Ces parties de l’animal ont souvent une bien moins grande valeur à cause du travail requis avant la transformation et les qualités générales.

Aspect 2; considérer la valeur supplémentaire qui a été donnée à la toison !

Toison brute noire avec végétation

Il y a possibilité d’ajouter une valeurs sûre à une toison brute en ayant des données sur elle ou en la nettoyant nous-mêmes pour éviter du travail à l’acheteur.

Les voici…

La toison a été préalablement gradée; c’est-à-dire que nous avons un histogramme récent (de l’année précédente, par exemple) ou l’éleveur connaît le grade approximatif de l’animal.

L’acheteur a donc une bonne idée de la qualité qu’il va avoir au terme du tri et du nettoyage de la toison.

À noter que connaître le grade de la fibre ne dit pas tout sur sa qualité pour la transformation (poils de gardes, condition générale…) !

La toison a été triée (sorting) et/ou des données sont disponibles pour l’acheteur; on paie donc seulement pour ce qui est filable. La longueur de la fibre peut être donnée comme information supplémentaire.

L’acheteur peut prévoir plus facilement que la toison achetée va répondre spécifiquement à ses besoins et il a moins de chances d’avoir de mauvaises surprises…

La toison peut parfois être triée rapidement lors de la tonte sans être nécessairement être nettoyée (skirting).

La toison a été triée (sorting) et nettoyée (skirting); c’est-à-dire que toute la végétation et les détritus ont été enlevés et que la fibre a été séparée pour que la qualité soit le plus uniforme possible pour un fil de qualité.

Elle est donc théoriquement prête à envoyer au moulin directement.

Aspect 3; enlever de la valeur à une toison ou lui enlever toute valeur quand…

Bout de toison brute avec beaucoup de végétation
Bout de toison brute avec beaucoup de végétation.

Il y a beaucoup trop de végétation ou un contaminant quelconque dans la fibre; elle est parfois récupérable avec beaucoup de travail ou carrément inutilisable et ne vaut pas grand-chose même si elle est gradée 1.

Ça arrive souvent avec les toisons des crias dont les bouts agissent en velcro avec tout ce qu’elles touchent !

Le contaminant peut être de la végétation qui a adhéré fortement dans la fibre en grande quantité (foin, feuilles, mille, brin de scie, copeaux de bois, chardons…), mais ça peut être aussi des matières organiques comme beaucoup d’urine, des excréments ou de la boue.

La toison a été mal entreposée; elle a été mise dans des sacs pendant qu’elle était humide, par exemple, ou entreposée au soleil dans un sac fermé, ce qui a peut-être fait pourrir ou a fragilisé une partie de la fibre à cause de l’humidité créée.

Elle peut avoir aussi été abîmée par des mites. Une fibre mal entreposée va être plus cassante ou va avoir une fragilité qui va empêcher son filage.

Elle est à mettre carrément à la poubelle rapidement s’il y a des insectes ou de la pourriture à l’intérieur du sac.

La toison a été entreposée brute trop longtemps; après 2 ans d’entreposage sans qu’elle ait été traitée (lavée et filée), même bien entreposée, la fibre devient plus fragile et cassante et pose des limites à son utilisation (ça se peut qu’elle ne puisse plus être filée, par exemple).

Avis à ceux qui accumulent des toisons brutes d’année en année; la fibre brute a une durée de vie limitée tant qu’elle n’est pas filée !!!

La quantité de fibre brute vendue

Certains acheteurs vont acheter en petites quantités, d’autres en plus grande quantité.

Il est courant comme vendeur d’offrir un prix moindre pour les acheteurs de grande quantité puisque le travail de vente est plus facile (un seul envoi et pas besoin de trouver d’autres acheteurs).

Certains vont préférer que l’acheteur prenne toutes leurs toisons disponibles avant d’avoir un rabais.

Personne n’est obligé de vendre en grande quantité et le vendeur peut décider de ne pas faire de rabais non plus pour les gros achats. Bien entendu, vendre en petites quantités est plus payant bien que ça demande en retour plus de travail.

Par contre il faut savoir que souvent, les acheteurs de petites quantités veulent également plus de détails sur ce qu’ils achètent puisque c’est destiné à un projet bien précis.

Quand on vend en petites quantités, il faut donc souvent ajouter énormément de valeur à la fibre brute (gradée, longueur, triée, nettoyée).

Certains petits acheteurs vont même vouloir que la fibre soit déjà cardée, mais dans ce cas, on entre dans la catégorie de la fibre transformée et non plus la fibre brute… 😉

Valeurs moyennes de base de la toison brute

En 2016, il est de bon ton d’offrir au minimum 10$/lb lors de l’achat d’une très grande quantité en lots de toisons brutes non gradées | non triées. 

Les moulins vont d’ailleurs rarement au-delà de 15$/lb pour du grade 1 !

Vendues gradées et à l’unité, les prix des toisons vont varier avec une valeur moyenne que je te liste ci-bas.

N’oublie pas de considérer la valeur ajoutée et celle à soustraire dans les prix !

Grade 1: 30-50$/lb (Certains vendent jusqu’à 80$/lb (plus souvent en onces), mais on ne peut plus considérer cela comme un prix moyen, alors… ! 😉 ) Grade 2: 20-30$/lb
Grade 3 : 15-20$/lb
Grade 4-5-6 : 2-10$/lb

Certains éleveurs préfèrent vendre rapidement et en lot toutes leurs toisons pour ne pas les entreposer et risquer qu’elles soient invendables par la suite.

D’autres vont vendre à l’once ou à la toison avec énormément de renseignements sur l’animal et sa fibre.

D’autres encore ne souhaitent pas vendre du tout, surtout s’ils transforment eux-mêmes leur fibre ou la font transformer pour leurs propres besoins (ce qui est notre cas ici !) !

Attention; il ne faut pas s’attendre à nécessairement acheter ou vendre à ces prix.

Tu souhaites vendre une toison d’un animal champion de grade 1 à 5$/once ? Il va très probablement avoir un acheteur pour toi quelque part !

Tout est une question d’intérêts et de mise en marché; dans tous les cas, peu importe le prix, il faut s’attendre à travailler un minimum (et parfois plus!) pour vendre sa fibre.

Est-ce payant de vendre la toison brute ?

Dans l’état actuel des choses: définitivement NON.

Comme je disais plus haut, plus un produit est transformé, plus il permet d’être rentable et d’en tirer des profits.

Vendre des toisons brutes est une façon comme une autre de faire un peu d’argent plutôt que de jeter de belles toisons à la poubelle, simplement !

Pour avoir une bonne valeur, l’alpaga doit être transformé. Généralement, on est capable de -payer le tondeur- pour l’animal avec l’argent ramassée de la vente de la toison brute; vraiment rien de bien excitant niveau monétaire et surtout évidemment pas assez pour couvrir les dépenses annuelles de l’animal !

Il faut donc passer à autre chose pour faire des profits !

Je termine avec une petite pensée; -Les choses ont une valeur que pour celui qui sait quoi en faire-… 🙂 .

Histogramme | lire et comprendre une analyse de fibre

avril 19th, 2016 by

La lecture de l’histogramme est un must pour connaître beaucoup mieux la qualité de l’alpaga que l’on évalue.

Bien que l’histogramme ne dise pas tout, n’est pas infaillible et ne présente qu’une idée de la qualité de la toison de l’animal entier (ça reste un échantillon !), il est un outil de choix pour comparer plusieurs alpagas entre eux et se faire une meilleure idée de ce qu’ils pourront devenir avec les années… c’est ainsi qu’on améliore les qualités d’un troupeau; en sélectionnant nos géniteurs avec soin, pas autrement !

Histogramme | Feuille analyse laboratoire
Feuille d’analyse OFDA 100 d’un échantillon.

Un seul histogramme donne certainement des informations très intéressantes sur un animal, mais plusieurs histogrammes sur plusieurs années permettent de mieux connaître l’évolution de ce dit animal.

En fin de compte, plusieurs analyses nous donnent un choix plus logique !

Je t’expliquerai pourquoi d’ailleurs c’est plus logique à la fin de cet article avec un exemple, mais de prime abord, voici en détail les renseignements que l’analyse du laboratoire fournit…

Tu ne comprends pas du premier coup toutes les notions ?
Tu trouves cet article aride et difficile à lire ?
Ne te décourage pas, c’est normal !

C’est un apprentissage comme tant d’autres qui demande du temps, de la logique et beaucoup de concentration au début, à mille lieues du côté artistique de la fibre. Mais comme pour le patin, on finit par y arriver !

La constitution de l’histogramme

Histogramme - exemple écrit
Un histogramme avec les différentes données, ici encadrées.

En préambule, voici ce à quoi ressemble le résumé d’un histogramme tel qu’on le voit un peu partout; un paquet de chiffres, de symboles et de lettres.

Bien que la présentation diffère parfois, c’est pratiquement toujours dans cet ordre que l’on voit les différentes données de l’histogramme (que j’ai séparé ici dans dans des carrés rouges).

Selon le test effectué, la courbure (ici: curv pour curvature) n’est pas toujours présente et d’autres données peuvent aussi y être présentes ou non, dont le spin fineness, qui est la finesse au toucher (qui est aussi calculable avec les données principales).

Les 4 principales données y sont habituellement toujours:
AFD, SD, CV et >30.

AFD

L’AFD (average fiber diameter ou moyenne du diamètre des fibres) est l’une des données principales de l’histogramme, soit le diamètre moyen des fibres de l’échantillon analysé.

C’est calculé en micron ( 1 micron = 0,001 millimètre). En moyenne, pour l’alpaga, ce chiffre se situe entre 15 et 35 microns.

Plus le chiffre est petit, mieux c’est, puisque la finesse de la fibre est intimement liée à la douceur.

La douceur associée au micron compte pour environ 70 à 80% de la valeur totale que l’on attribue à la fibre 1. C’est-à-dire que plus une toison est fine (et douce!) plus elle peut valoir cher sur le marché !

Pour référence, sache qu’un globule rouge est de 8 microns environ et qu’un cheveu humain est situé entre 50-100 microns.

La vicuna (ancêtre sauvage de l’alpaga encore vivant) et la soie de grande qualité ont environ 12 et 10 microns de diamètre.

Certains alpagas ont commencé à atteindre aux États-Unis le 10 microns, bien que ce soit encore très rare.

Pour une fibre à partir de 21 microns, il peut commencer à y avoir certaines réactions mais à 25 microns, la moyenne des gens vont commencer à ressentir de légers picotements sur la peau si l’item est porté dans des zones sensibles du corps, comme le cou.

Chaque personne ayant une sensibilité différente, l’effet peut varier d’une personne à l’autre, d’une région à l’autre sur leur corps et d’une circonstance à une autre (s’il fait trop chaud, par exemple, le picotement peut être accentué).

À 30 microns, la fibre est considérée comme étant aussi corsée qu’un poil de garde; tu vas voir d’ailleurs plus loin que la proportion de poils au-dessus de 30 microns est aussi inscrite dans l’histogramme pour l’échantillon analysé.

La finesse a donc un impact sur ce qu’on va faire de la fibre. Il est à noter que l’écaille sur la fibre de l’alpaga est beaucoup moins perceptible au toucher que celle du mouton; cela rend la fibre d’alpaga de 25 microns plus douce au toucher que la laine pour une analyse identique.

Cette particularité fait que porter de l’alpaga est plus agréable et dérange moins certaines personnes à la peau plus sensible.

SD

Le SD (standard deviation) représente la variabilité du diamètre des fibres autour de la donnée moyenne (AFD), en microns.

On vise ici encore le chiffre le plus près de 1 possible pour que les fibres soient les plus uniformes dans l’échantillon.

L’uniformité améliore la qualité des produits conçus, évidemment, mais aussi la sensation de douceur générale au toucher, la résistance à la traction de la fibre 2  et les animaux avec un bas SD présentent généralement moins de variabilité de microns dans l’entièreté de la toison (et non seulement dans l’échantillon).

Dans une population moyenne des fibres, 66% des fibres mesurées se situent dans le premier SD de la moyenne (un micron avant la moyenne et l’autre après), 95% dans un total de 2 SD et 99% dans 2.6 SD 3.

Le SD est une donnée difficile à utiliser pour la comparaison entre plusieurs alpagas qui n’ont pas nécessairement le même micron puisque le SD tend à augmenter avec l’AFD.

C’est pourquoi plusieurs utilisent souvent le CV pour la comparaison entre les animaux.

Malgré tout, le SD est de plus en plus demandées par les acheteurs commerciaux; il est insensé de ne pas s’en préoccuper et elle donne des pistes que le CV ne peut pas donner sur la fibre.

CV

Le CV est une donnée combinée de l’AFD et du SD et se présente en pourcentage.

Pour obtenir le CV sans l’avoir, on peut le calculer simplement comme suit:
(SD / AFD) x 100 = CV

La moyenne de distribution de la fibre donne généralement un CV de 24%. 

Il est préférable d’avoir le plus bas CV possible pour une meilleure uniformité de la fibre et un CV toujours en deçà de 24%. 

À chaque tranche d’en moyenne 5% en deçà de 24%, on ressent une amélioration d’environ 1 micron au toucher (la douceur au toucher est la donnée du spin fineness, qui se retrouve sur la feuille d’analyse du laboratoire, mais pas toujours inscrit dans l’histogramme diffusé).

Pour être précis (hum!)…

histogramme: formule du spin fineness
Dans la formule ci-contre, le MFD est la même donnée que l’AFD et CVD% est le CV.

Le Spin fineness est une bonne mesure à utiliser pour comparer la finesse des alpagas entre eux, justement parce qu’ils comprennent les données du CV et de l’AFD.

Si on prend l’exemple ci-haut avec le calcul simple: AFD 18.5 SD 3.3 CV 18.0% >30 0.6% curv 55.2 Un CV de 18%  (24%-18%= 6) équivaut donc à un peu plus d’un micron de moins pour cet animal au toucher, donc environ 17.3 microns.

>30

Ce pourcentage équivaut à ce que l’échantillon contient en fibres qui sont au-dessus de 30 microns.

On souhaite évidemment que ce chiffre soit le plus bas possible même si les meilleurs animaux ont quand même tous quelques poils de garde dans leur toison. 

Un pourcentage trop élevé va affecter la douceur et le confort associé à la fibre, mais aussi la rentabilité de la toison.

CURV

La courbure (curvature) est une donnée qui n’est pas toujours présente dans l’histogramme, mais que j’aime de plus en plus observer au fil de mes recherches.

Elle donne comme information le degré de la courbe à chaque vague dans la fibre (crimp) en millimètre.

Malgré ce que certains pensent, le crimp n’est pas seulement un critère d’appréciation personnelle, mais une donnée très intéressante pour l’amélioration de la qualité de la fibre puisqu’une fois filée, cette courbure va modifier non seulement le volume du fil (pour qu’il soit bien spongieux au toucher!), sa mémoire (sa capacité à reprendre sa forme), mais aussi son coefficient de chaleur.

De façon générale, surtout pour l’alpaga puisqu’il tend à avoir une courbure beaucoup moins prononcée comparativement à d’autres fibres de qualité, plus le degré de courbure est élevé, plus c’est positif !

Il faut savoir cependant que plus ce chiffre est élevé et moins généralement la fibre aura de la longueur (mais sera plus élastique par contre).

Un alpaga qui a une belle longueur ET un degré de courbure élevé; c’est le paradis ! 🙂

Comparaison d’histogrammes

C’est après cela que ça devient amusant et intéressant !

Parce qu’une fois que nous savons lire les analyses (et que les maux de tête associés à la compréhension ont disparu !), on peut comparer plus facilement les animaux entre eux.

Même si nous n’avons pas tous les renseignements sur les animaux, ces histogrammes peuvent faire influencer notre intérêt réel pour un animal ou nous aider à choisir entre deux animaux très similaires.

Il faut noter évidemment l’âge que l’animal avait lors de l’histogramme; parce qu’en comparant des animaux qui n’ont pas le même âge, on compare évidemment des pommes et des oranges !
Animal #1, 1 an: AFD 19.6 SD 3.7 CV 19.0% >30 1.3%, curv 41.0
Animal #2, 1 an: AFD 20.7 SD 4.9 CV 23.8% >30 2.4%

Ici, par exemple, on remarque que le premier animal a une meilleure finesse (AFD) que le second d’environ 1 micron.

Si on regarde le CV, on remarquer 5 pourcents en bas de 24% pour le 1er animal ce qui lui donne environ 1 micron de douceur supplémentaire au toucher pour un total de 2 microns plus doux que le 2e animal.

Le nombre de poils de garde pour le premier animal est aussi en deçà par rapport au 2e.

Plusieurs histogrammes valent mieux qu’un seul !

Un seul histogramme en dit beaucoup sur la fibre pour un moment bien précis dans le temps.

Par contre, rien de mieux que de comparer plusieurs histogrammes d’un même animal puisqu’il nous présente l’évolution de la toison sur plusieurs années, donc également une idée de comment celle-ci va évoluer dans le futur.

Je te fais donc ici une analyse personnelle de deux animaux…un exemple va te convaincre !

Animal #1
1 an: AFD 19.6 SD 3.7 CV 19.0% >30 1.3%, curv 41.0
2 ans: AFD 20.9 SD 3.5 CV 16.9% >30 1.3%, curv 44.9
3 ans: AFD 25.1 SD 4.0 CV 15.8% >30 6.4%, curv 40.7
4 ans: AFD 23.1 SD 3.9 CV 16.9% >30 3.3%, curv 39.3

Animal #2
1 an: AFD 20.7 SD 4.9 CV 23.8% >30 2.4%
2 ans : AFD 20.2 SD 4.3 CV 21.5% >30 2.0%
3 ans: AFD 22.8 SD 5.2 CV 22.9% >30 6.3%
4 ans: AFD 24.9 SD 4.9 CV 19.8% >30 11.8%

Tu retrouves ici les mêmes 2 animaux que nous avons évalués précédemment.

Par contre, dans ce cas, avec plusieurs histogrammes, on peut faire une analyse beaucoup plus intéressante.

Par exemple, dès la 2e année, on remarque que la toison du 2e animal n’a presque pas changé. 

En ce qui concerne la 2e toison du premier animal, son AFD (micron) a augmenté de 1.3 point. On pourrait de prime abord dire que le 2e animal est meilleur parce qu’il a su conserver sa finesse, mais avant toute déduction facile, il faut observer le CV qui a changé également…

Pour le premier animal, en réalité, la douceur au toucher est d’environ 1.5 points inférieurs à l’AFD (CV24%-16.9%= 7.1/5 = 1.42 micron de moins), donc de 19.5 microns tandis qu’il ne change que de 0.5 micron pour le deuxième animal (19.7 microns).

Le 1er animal est donc, encore à mon avis, à sa 2e année, le plus intéressant du point de vue de l’histogramme, même si la finesse moyenne a bougé un peu plus que celle du deuxième animal.

À la 3e année, on remarque un changement drastique du 1er animal avec un AFD de 25.1 microns et un CV de 15.8%. Il a toujours un toucher de 23 microns environ tout comme le 2e animal à cause de son CV.

Normalement, il faut noter les changements brusques dans l’histogramme; si c’était le dernier histogramme disponible du premier animal, on pourrait croire à un blow out à sa 3e année (un changement brusque de qualité de la fibre), mais le 4e histogramme confirme que ce n’est pas le cas puisque le micron diminue de nouveau à l’âge de 4 ans et que la différence de micron est toujours de 1 micron par année environ.

Il est à noter qu’un surpoids peut faire monter de plusieurs microns le diamètre de la fibre de l’animal; c’est ici le cas.

On remarque qu’à 4 ans, le 2e animal reste à labour du 1er malgré une évolution normale de sa fibre. Le poil de garde du 2e animal s’est d’ailleurs développé beaucoup plus rapidement que celui du premier animal qui était toujours à 3.3% à 4 ans comparativement à 11.8% pour le 2e animal.

En moyenne, il y a une augmentation d’environ 2 microns au maximum entre la 1re et la 2e année et d’un micron par année par la suite bien qu’il y ait des exceptions.

Des animaux qui n’augmentent pas avec les années (et même dont la finesse s’accentue!), ça existe, mais c’est très rare !

Pour ce qui est du CV en général sur ces deux animaux, le premier animal semble avoir une meilleure uniformité de micron dans son échantillon, ce qui signifie que ça risque d’être le cas dans sa toison également… ce qui est somme toute doublement intéressant vu la belle progression de la finesse que nous avons analysée !

L’histogramme n’est pas infaillible

Oui, même si l’histogramme est une façon très pratique de comparer deux animaux entre eux, il y a un lot de pièges qu’il faut éviter et prendre les résultats pour ce qu’ils sont…

1. N’achetes pas seulement en te servant d’un histogramme

Même s’ils sont TRÈS pratiques, ils ne donnent aucune information sur l’état de santé de l’animal, sur l’état de ses dents, les pattes, les onglons… etc.

La densité et la longueur de fibre sont aussi une partie très importante de l’évaluation de la fibre d’un animal et les histogrammes ne donnent pas ces renseignements.

N’oublies pas qu’un histogramme ne reste qu’un outil parmi tant d’autres…

2. Maigre ou gras, ton alpaga ?

L’état de chair de l’animal a beaucoup d’impact sur l’histogramme. Un animal trop maigre va avoir un histogramme particulièrement alléchant (faible micron) mais ne vous donne pas nécessairement un animal en santé.

Et une fois son poids santé repris, l’histogramme montre la vraie face de l’animal… avec peut-être quelques problèmes physiques supplémentaires créés par ce laps de temps où l’animal n’avait pas ce dont il avait besoin en nutriments…

Un animal trop gras va avoir un histogramme souvent de plusieurs microns plus élevés par rapport à ce qu’il peut avoir; savoir que l’animal est en surpoids peut aider puisque la comparaison n’est pas la même que si son état de chair était correct !

Nous voulons évaluer ce que l’animal a intrinsèquement comme qualité, non ce qu’il a en réalité sur son histogramme coûte que coûte… il faut donc faire un biais parfois à certaines données récoltées !

3. L’histogramme, ça se triche aussi…

Certaines méthodes de calcul par les laboratoires peuvent être contournées quand on sait exactement à quel moment «on doit faire jeûner l’alpaga»…

Oui, je sais, tu peux lever les yeux au ciel; c’est déprimant de lire ça… Est-ce que des éleveurs le font réellement ? Ça reste à voir…

Il existe différentes machines pour tester la fibre et les plus utilisées sont le Laserscan et l’OFDA 100.

Pour l’analyse, ces machines demandent un échantillon de moins de 2 mm de longueur de la fibre qui est coupée dans l’échantillon que l’éleveur a envoyé…à une distance bien précise… qui correspond aussi à un moment bien précis de la pousse de la fibre.

Cette mesure correspond à peine à quelques semaines de vie dans une année et c’est pourquoi on sait que théoriquement, l’analyse peut être truquée…

Contrairement à ces machines, l’OFDA 2000 donne un rapport basé sur toute la longueur de la fibre envoyée, donc sur toute la croissance de la fibre.

Pour en savoir plus sur l’histogramme et tous les autres outils disponibles actuellement pour évaluer un animal;

Sources: 1.A definitive guide to alpaca fiber, Cameron Holt. | 2.http://www.aaft.com.au/guide.html | 3.http://www.alpacas.com/AlpacaLibrary/Html/FiberTesting.htm